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NOTICE
•va
LA LITHOGRAPHIE.
i^
Les formalités prescrites par la loi ayant
été remplies, tout contrefacteur ou débi-,
tant de contrefaçons sera poursuivi suivant
la rigueur des lois.
A PARIS,
[ LecointecIDubey , Libraires, Quai
] des Augustins^ N<^. 49*
] Louis Janet , Libraire , rue Saint-
Jacques, No. Sg*
Prix : broché. .... 5 f.
Franc de port par la poste. 5 f. 5o c.
NOTICE
Bvn
LA LITHOGRAPHIE,
DEVZliMB éDITIOS SUIYZB
D'UN ESSAI
SUR LA RELIURE
KT LE BLAKGHIMENT DES LIVRES ET GRAVURES^
Par F. MAIRET,
Relieur et Imprimeur lithographe.
CHATILLQN - SUR - SEINE ,
G. GORNILLAC, IMPRIMEUR - LIBRAIRE.
1824.
AVIS DE L'ÉDITEUR.
La Notice sur la lithograpHe
parut en janvier 1818. L'édition
fut rapidement épuisée ^ et alors on
sollicita vainement l'auteur d'en
donner une seconde ; enfin il s'est
rendu aux vœux de ses amis^ et j'ai
obtenu de lui la permission de la
réimprimer , augmentée de tout ce
que l'expérience lui a depuis appris,
n a joint à cette nouvelle édition^
des notes sur la reliure^ dans les«
quelles il donne tous les procédés
qui lui ont valu les sui&ages des
connaisseurs. U sera donc le guide
le plus sûr pour toutes les personnes
qui voudraient se livrer à Taxt de
la reliure; si M. Peignot ( * ) loue^
sur- tout M. Mairet lithographe
alors d'avoir levé sans hésiter le
voile mystérieux qui enveloppait
la lithographie^ à plus forte raison
( * ) Cet ouyTa]ge (Notice sur la lithographie ) ,
Il peine sorti icle la presse , jouit déjà d^un suoeès
iqui «tt((9tf l^ii^por tance de sqn objet, etlei|«nrke
^ue r^nd son auteur au public et aux artistes , en
indiquant avec exactitude et clarté , un ensemble
de procédés curieux, dont les inyenleurs de la
lithographie, avaient €»u devoir faire un myitàre.
On peut dVi^tant plus <^ompter sur les reii^seigne-
mens détaillés dans ce volume , que Pauteur n^a
qien avancé qn^il n\iit exécuté bii-méme, et-qu^il
^'dit 3Vgé yrai, )>on et exact, diaprés les rési^l-i
ta^ s^tisfaisans qu'il a obtenus. Il peut donc en
topte sûreté , servir de guide aux amateurs et <iux
' artistes qui voudront s'occuper de lithographie,
4
( Essai hist. sur la lith. , page 4i )•
( 7 )
peut-on compter sur sa sincérité , *
ma4nt€f:Bant que fabricant de pa-
piers à Fontenay (Côte-d'Or), il ne
8'occupe de reliure que pour clasr
8er ses souvenirs. Il nous i^anquait
un ouvrage qui réunit la pratique
à la théorie , et la clarté à la pré-
cision ; nous osons espérer que
celui-ci atteint ce double but, et
qu'il obtiendra l'approbation dç
tous les amateurs d'une belle re-
liure.
M. Peîgnot ( Traité du choix des
Uvres ) cite toujours notre auteur
comme un des relieurs les plus dis-
tingués; son avis est celui de tou§
les connaisseurs ^ et nous ne pou-
vons nous refuser le plaisir de trajus-
crire ici quelques iragmens qu^
nous semblent caractériser assef
bien Topinion qu'on a générale*
ment des reliures de cet artiste.
ce En fait de reliure on a toujours
ce regardé celles de Bozerian comme
ce infiniment supérieures, mais nous
ce ne connaissions pas encore les
ce volumes de Mairet. J'ai vu à la
ce bibliothèque publique de Dijon,
ce un Racine en trois vol. in-folio,
ce qui a été relié par lui ; tous ceux
ce qui l'examineront ne pourront
ce s'empêcher de convenir que la
a partie de la reliure dans ce ma-
ce gnifîque ouvrage est fort au-des-^*
ce sus de tout ce qui est sorti de plus
ce beau des mains de l'artiste de
ce Paris , cette reliure n'est cepen-*
ce dant qu'en veau j mais l'inventioil
«c unique d'y avoir fait entrer les
ce couleurs du la]f>is-lazuli avec ses
( 9 )
«veines d'or si élégamment nuan-
ce cées, remporte de beaucoup sur
<c les superbes maroquins dont Bo-
ce zerian a orné les riches biblio-
«c thèques de l'Europe • La dorure
ce sur tranches est parfaite , chaque
ce feuille étant bien détachée quoi-
«e que la tranche semble faire corps.
ce La dorure du dos , des couyertn-
ce res y les filets des bords extérieurs
ce et intérieurs , sont d'un goût ,
ce d'une grâce , d'une élégance , et
ce d'une richesse que l'on ne cou-
ce naissait point. Qui aurait ima-
ce giné d'appliquer une impression
cède dorure qui représentât les
cccharmans sujets d'Herculanum
ce et les belles arabesques du Yati<*
« can ? Le fond de la reliure et la
ce solidité répondent au reste du
(>o)
«c travail. J'ai en occasion de voir
ce beaucoup d'antres onyrages de la
ce main dn même artiste, lesquels
ce sont traités arec antant de soin
«cet avec nne étonnante yariété
ce d'omemens. »
/ ( AHaiellicr, ancien conseiller an pariementdc
Bcauiçon ).
ce Les amateurs de belles reliures
ce s'empressent d'aller voir à l'a-
ce telier de M. Mairet, le bd ôuyra-
ce ge des campagnes d'Italie, qu'il
ce vient de relier avec ce goût , ces
ce soins et cette richesse d'omeinens
ce qui le placeraient au rang de ceux
ce qui excellent dans son art , si
ce plusieurs ouvrages sortis de ses
ce mains ne lui avaient déjà fait cette
ce réputation. De brillans dessins en
ce or, exécutés avec une grande
(") '
«c pureté décorent le dossier de ce
<c superbe in-folio; et sur le plat ,
ce d'un et d'autre côté ^ des orne*
ce mens en or et gauffrés , artiste-
ce mensfaitSy encadrent les médailles
«c frappées en relief pour ces grands
ccévénemens; au milieu de l'ovale
ce est la figure aussi en relief du
«c général en chef. Les gardes sont
ce en lapis-lazuli d'une belle exécu-
ce tion. Dans cet ouvrage la beauté
cr de la reliure va de pair avec la
ce beauté de l'impression qui est
«c d?Héran, et la beauté des gravu-
cc res qui sont faites d'après Carie
ceVernet. Tout homme de goût
ce doit se procurer le plaisir de voir
ce ce vrai chef - d'oeuvre que M*
ce Maire t achève en ce moment.
( Journal de la Câte-d'Or, 9 juillet i8ao. )
I »i • Il
AVIS DE L'AUTEUR
POUR I.A FREAïxiRE IBDITION DE LA.
JIOTZGE SUR XA XITHOORAPHIE.
Jb décïare que je ne sxias pas
littérateur. J'aurais désiré qu'un
homme de lettres tel que M. de
Lasteyriey nous eût donné cette
Notice : son style eût été plus cor-
rect , ses descriptions moins mono-
toneset plus agréables aux lecteurs;
maïs voyant que jusqu'à ce jour
les artistes et les amateurs étaient
privés des connaissances nécessai-
res pour mettre en usage cet art
qui peut leur devenir très-utile , je
(M)
me SUIS hasardé à leur donner
moi-même une méthode. J'ai fait
mon possible pour la rendre in-
telligible. D'un autre côté, par-
lant de cet art, je n'avance que ce
que j'ai exécuté moi-même , et ce
dont j'ai obtenu des résultats satis-
faisans, tant par mes procédés que
par les documens que j'ai puisés
dans différentes notes. J'ose assurer
eux artistes qu'ils réussiront en sui-
vant exactement mes procédés.
Dans cette méthode je développe
aux amateurs les principes de ret
art, qu'ils y pourront apprendre
par théorie.
■•■MEââï^^Wi
NOTICE
$VtL
LA LITHOGRAPHIE,
OU
L'ART D'IMPRIMER SUR PIERRE.
■*— •■•^i^
THEORIE.
Les effets produits par une traco
faite sur la pierre avec un crayon
gras ou résineux sont des résultats
produits par leur influence que
Ton n'avait pas jusqu'alors étudiés.
Ces effets dépendent de trois'
causes principales ^ qui. sont ;
( 1(5 )•
1 o. La facilité avec laquelle Peau
imbibe les pierres calcaires , sans
cependant que ce fluide contracte
avec elles une adhérence bien inti-
me;
2P. La forte adhérence que les
corps gras ou résineux exercent
sur les pierres y qui iait que sou-
vent on ne peut enlever les unes
sans attaquer les autres}
3^. L'aiïinité des résines ou des
graisses pbur les corps gras ou
résineux , et la répulsion de ces
corps par Peau.
De ces trois principes^ base de
toute la lithographie, dérivait les
trois conséquences sliivantes :
. 1^» Un trait grds ou résiùcux,
tracé sur la pierre, y adhère ai for-
tement que pour le faire disparaître^
'
(17)
il £iut employer le grès et la pierre
ponce pour Ven séparer.
2^. Toutes les parties de la pier-
re ^ non recouvertes d'une couche
grasse , reçoivent seules , et conser-
vent , quoique faiblement , Teau
qui y adhère,
â^. Si on passe une couche d'en-
cre grasse sur cette pierre ainsi
préparée ^ cette encre ne s'attar
chera que sur les parties dessinées
avec le corps gras , tandis qu'elle
sera repoussée par les parties de la
pierre qui seront imprégnées d'hu-
midité.
En un mot ^ les procédés litho-
graphiques dépendent de ce que
la pierre mouillée refuse l'eûcre
grasse, et de ce que la pierre grasse
refuse l'eau.
(i8)
GRAVURES
LITHOGRAPHIQUES.
Choix des Pierres.
On doit chercher une pierre
calcaire à grain fin , compacte et
resserrée , d'une nuance égale , sus-
ceptible de '^s'imbiber d'eau, sans
cependant qu'elle pénètre trop
avant.
Taille de la Pierre.
On commence par faire une face
bien droiteet sans défaut 5 ensuite on
fait les quatre joints , puis on la met
à deux pouces environ d'épaisseur,
le parement doit être bouchardé
( ï9 ) ,
très-fin. Ayant plusieurs pierres
ainsi taillées , on les mouline deux
à deux avec du sable de Saône et
de Teau , afin de les dresser et de
faire disparaître les coups de bou-
cliarde.
Lorsqu'elles sont bien droites et
sans trous , on continue de les
mouliner au grès fin, et ensuite
à la pierre ponce, toujours à Peau.
La pierre ainsi polie se prépare
selon le genre de dessin qu'on se
propose de faire.
Préparation de la Pierre pour
dessiner au pinceau et à la
plume.
On polit de nouveau la pierre
avec de l'eau , un polissoir de toile,
de la pierre ponce passée dans un
( ao )
tetmiû £0. Etant ainsi polie , il faut
avoir soin de la bien laver et de U
laisser sécher. Lorsqu'elle est sèche,
on passe dessus une légère couche
d'essence de térébenthine ( * ) que
l'on frotte à l'instant avec un ling^
blanc pour la laisser sécher aussi.
Ces préparations étant faites ^ 09
peut écrire et dessiner sur la pierre.
Composition de V Encre lithogra*
phique propre à dessiner ou
écrire sur ta Pierre*
Pour composer cette encre, oai
fait fondre dans un vase vernissé ,
( * ) On peut remplacer avec beaucoup d'avan-
tage Fessence de térébQVthiae , par de Feau de
savon que Ton étend sur la pierre et que l'on
frotte vivement avec un linge propre pour qu'elle
n^y séjourne pas.
( 2t )
deux parties en poids de gomme-
laque plate , ayant soin de toujours
remuer. Quand elles sont bien fon-
dues , on ajoute quatre parties de
cire vierge , trois parties de savon
de suif ( * ) , deux parties de suif
et ime partie de potasse. On doit
faire ce mélange à grand feu. Lors-
que toutes ces parties sont bien dis-
soutes , on y incorpore une quan-
tité suffisante de noir de &mée
pour les colorier , en ayant soin de
bien mêler le tout en le remuant
avec une spatule. Quand le mélange
du noir est bien fait et que la cuis-
son est achevée ( ** ) , on verse la
( * ) Ce saTon se fabrique à Paris , rue Culture*
S te. -Catherine, fauxbourg St.-AnLoine.
( ** ) On reconnaît le degré de cuisson^ lors-»
que le feu prend dans les in^rédiens. On les éteint
3
0^)>
matière dans des moules ou sur uii'
marbre pour en former des tablettes
ou bâtons semblables à l'encre de
la Chilie, et que l'on conserve pour
dessiner à la plume ou au pinceau.
Encre liquidé également bonne.
On fait fondre dans un vase ver-
nissé une partie de sayon de suif,
autant de mastic en larmes, en les
mélangeant soigneusement. Alors
on y incorpore cinq parties en poids
dei> laque en tablettes ou gomme-
laque, on continue de remuer pour
bien n^êler le tout et on y verse peu
à peu une dissolution d^une partie
en couvrant d'un linge mouillé le vase qui les con-*
tient j cette opération doit se faire en plein air
crainte du feu.
de soude caustique dans cinq ou six
parties de son volume d'eau j on
fait cette addition avec précaution,
parce que si on y ajoutait toute
la lessive à la fois, la liqueur se
gonflerait et s'élèverait au - dessus
du vase. Lorsque le mélange est
fait, on modère le feu j on ajoute,
pour colorier , du noir de fumée
que Ton agite avec une spatule , et
immédiatement. après, la quantité
«
d'eau suffisante pour rendre cette
encre liquide et propre à l'écriture
et au dessin.
On s'en sert sur la pierre comme
sur le papier , avec les moyens or-
dinaires , soit à la plume , soit au
pinceau.
Cette encre offre plus de facilité
que la précédente pour écrire sur
(M)
la pierre ; mais elle sèche moins
vite, et exige plus de soins pour
l'impression.
Préparation de la Pierre pour
dessiner au crayon.
La pierre ëtant bien sèche , on
passe dessus un sable très-fin , au-
quel on fait parcourir toute la sur-
face avec un autre petit morceau
de pierre, pour former un grain
très-fin semblable à celui du papier.
Lorsque ce grain est formé , on lave
la pierre que Ton fait sécher de
nouveau , puis on la frotte avec un
linge blanc : elle est prête à recevoir
le dessin.
r
(25)
Composition du Crayon pour des-
siner sur la pierre.
On fait fondre dans un vase ver-
nissé :
6 parties de savon de suif ^
4 parties de suif,
4 parties de cire vierge ^
4 parties de gomme-laque.
Lorsque toutes ces matières sont
bien fondues et mêlées , on ajoute
du noir de lampe suffisamment pour
leur donner un beau noir j on fait
cuire le tout à grand feu , jusqu'à ce
qu'il s'enflamme. Alors, il faut reti-
rer le vase du feu pour laisser brûler
la composition que l'on a soin de
remuer pendant qu'elle est enflam-
mée. C'est par la cuisson que les
( 26 )
crayons acquièrent la solidité né-
cessaire. Dix minutes d'inflamma-
tion suffisent ordinairement ( * ) }
après ce temps on couvre le vase de
son couvercle et d'un linge mouil-
lé pour en éteindre le feu. Une à
deux .iuinutes après, on le décou-
vre pour verser cette composition
dans des moules et en former des
crayons que Ton renferme dans des
bocaux, crainte que Tair ne les ra-
mollisse. Ces crayons sej conservent
parfaitement par ce moyen.
( * ) Si ces crayons, n'étaient pas assez durs, il
faudrait les faire recuire pour leur donner plus de
eonsistance.
( 27 )-
Préparation de la Pierre pour des^
siner à la pointe.
La pierre doit être préparée com-
me pour dessiner à la plume.
Ensuite on passe dessus une cou-
che d'acide nitrique , étendu de
soixante parties de son volume
d'eau j puis on laye la pierre avec
de Teau fraîche pour y passer de
suite une dissolution de gomme
arabique peu forte ( * ) et bien unie,
qu'on laisse sécher pour y dessi-
ner.
■1 ■ ■ ■■Il ,1—1.1 «Il ■
( * ) On peut remplacer la dissolution de gom«
me arabique , avec avantage , par du jus d^oignons,
qu'on obtient en les pressurant , et que Ton mêle
avec du noir de charbon quand on veut s'en ser-
vir. Pour le conserver , il sufBt d'y mêler un verre
d'eau-de-vie sur une pinte : ce jus d'oignons offre
Tayantage de pouvoir tracer avec plus de netteté.
^
( 28 )
Précautions à prendre en dessi^
nant sur la pierre.
Comme ^impression n'a lieu que
par l'opposition d'un corps gras et
de l'eau , il est important d'éviter
avec le plus grand soin , de toucher
la surface d'une pierre préparée
pour un dessin , avec un corps gras
ou gonuneux : le soufHe est même
nuisible. Les impressions qui en
résultent, quoi qu'invisibles dans
le moment, font souvent des taches
noires , difficiles à enlever sans atta-
quer le dessin. Il est donc prudent
de tenir continuellement un papier
blanc sous la main : le meilleur est
d'avoir un châssis qui emboîte la
pierre et qui déborde sa siurface de
(=9)
foois à qxiatre lignes, arec une pe-
tite planche bien mince sur laquelle
repose la main.
Cette planche étant posée , par
ses extrémités, sur les bords du
châssis, ne touche point la pierre,
et donne la faculté de pouvoir la
promener en tous sèils sans altérer
aucunement le dessin.
Comme il est inévitable de tou-
çhçr les bords de la pierre avec les
doigts , et qu'il s'y forme toujours
des taches à l'impression , il faut
laisser tout au tour du dessin une
marge blanche au moins de dix-
huit lignes : ce qu'il y a mieux
encore , c'est de laisser sur la pierre
1;ioute la marge que l'on veut con-?
server à la gravure ; cette marge est
4
(3o)
encore nécessaire pour la manîpu-'
lation et Timpreission.
La salive tenant toujours quel-
ques mucilages en dissolution , il
est naturel que s'il en tombe sur la
pierre et qu'elle s'y sèche , elle y
déposera un petit sédiment qui se
dissout à l'eau. Il faut donc éviter
avec soin , en parlant ou en souf-
flant , qu'il n'y tombe aucune goutte
de salive j car il est évident que le
tracé qu'on aurait fait dessus , ve-
nant à se séparer de la pierre par
la dissolution du sédiment mucila-
gineux formé par la salive, il s'y
formerait des taches blanches dans
tous les endroits où il en serait tom-
bé ; par la même raison on doit
éviter toutes4es éclaboussures d'eau
gommée et autres liqueurs cr>^*-^
(3i )
Etant du mucilage. On peut parer
à cet inconvénient par un rond de
carton , de quatre pouces environ ,
percé au milieu et traversé d'un
petit bâton que Ton tient à la bou-
che ; par ce moyen , Ton peut res-
pirer sans craindre que Thumidité
du nez ou de la bouche frappe sur
la pierre.
Le trait du dessin qu'on veut faire
peut se tracer sur la pierre avec un
crayon de mine de plomb ou san-
guine f sans que les faux traits que
Ton pourrait faire , n'étant point
dessinés avec un corps gras ^ lais-
sent la moindre marque à l'impres-
sion. Comme cependant il arrive
souvent que , dans la confusion des
lignes tracées à la mine de plomb ,
xi s'en trouve qu'on pourrait ou-^
(32)
blîer de suivre avec le crayon lî-
thographique, il vaut mieux faire
son trait sur du papier, et, lors-
qu'il est bien arrêté , le calquer sur
la pierre , en mettant dessous le
papier sur lequel le trait est faît^
un papier à calquer qui se fait de
la manière suivante :
On prend une feuille de papier
le plus mince possible , en y mettant
de la sanguine en poudre que l'on,
étend avec un petit linge jusqu'à ce
que tout le papier soit bien rouge.
On continué alors de frotter pour
enlever le surplus de la poudre^
jusqu'au moment où la face rou-
gie du papier ne laisse point d'em-
preinte en le pressant légèrement
sur une feuille blanche. Si l'on vou-
lait effacer quelque trait, il ne fau-
( 33 )
draît se iservir ni de gomme élas-
tique , ni de mie de pain.
Dessin au Crayon.
Qtiand le premier tracé est fait
de la manière indiquée ci-dessus,
on fait son dessin avec le crayon
lithographique , de la même ma-
, nière qu'on le ferait sur du papier ,
en observant que plus un dessin est
fait franchement, mieux il vient
à Timpression. Comme les parties
forteiiient ombrées s'empâtent fa-
cilement, il faut tâcher de faire le
travail des ombres le plus net pos-
sible, et éviter dé repasser trop sou-
vent sur un même ton. Si Ton peut
y arriver au premier coup, cela
vaut infiniment mieux.
(34)
Comme le crayon attire Thumi-
dîté de Tair et se ramollit par-là ,
on a pris la précaution de le ren-
fermer dans un flacon. Il est essen-
tiel de ne Ten sortir qu^au moment
et à mesure que Ton veut s'en ser-
vir«
Dessin à P Encre.
On frotte, d'abord à sec, le bâ-
ton d'encre sur le fond d'une sou-^
coupe, jusqu'à ce qu'il soit cou*
vert de noir j ensuite on y met
quelques gouttes d'eau distillée ou
de pluie , et on continue de frotter
jusqu'à ce qu'on ait une liqueur
bien noire et un peu épaisse. On
peut l'employer avec une plume ou
un pinceau , en faisant cependant
(35)
toujours son dessin par hachures.
On ne doit absolument point s*en
servir pour laver. Comme il ne
peut y avoir aucuns tons gris à
l'impression, un pareil dessin ne
donnerait que des placards noirs
si le ton lavé avait assez de ma-
tières grasses pour recevoir le noir
d'impression, ou s'en irait tout-à-
fait, s'il n'en contenait pas assez.
Il faut "observer de bien nourrir
d'encre tous les traits qu'on trace
sur la pierre. On peut les faire aussî^
fins que l'on veut j pourvu qu'ils
soient noirs , on sera sûr de leur
réussite j s'ils étaient gris , on ris-
querait de les perdre par la prépa-
ration qui précède l'impression.
Si l'on votdait effacer quelques
parties de son dessin , il n'y aurait
(36)
qu*à les gratter ou les enlever avec
la pierre ponce. On pourra redes*
siner à l'encre sur les endroits
grattés ( toutefois il ne faut pas en
grattant creuser la pierre de ma-
nière à ce que l'impression ne
puisse plus y faire d'effet ) ; mais,
si l'on voulait détruire une partie
d'un dessin au crayon , sur laquelle
on voudrait redessiner , il faudrait
y mettre à sec un peu de sable bien
fin , et l'y frotter avec un petit mor-
ceau de pierre , jusqu'à ce que la
partie fautive ait disparu. On en-
lève ensuite le sable avec un blai-
reau ou la barbe d'une plume , et
l'on peut y refaire le dessin.
Dessin à la pointe^.
Lia gomme étant bien sèche ^ on
1
(37)
calque son dessiu sur la pierre ,
après quoi on le trace avec une
pointe très - fine , et il suffît de
blanchir la pierre dans l'endroit du
calque. Pour découvrir le trait que
Ton vient de faire, on l'époussète
avec un blaireau à mesure que Ton
dessine : il faut éviter de souffler
dessus , cela donnerait de l'humi-
dité à la gomme ^ qui recouvrirait
les traits qu'on aurait formés. Le
dessin étant ainsi fini , on passe
par -dessus toute la surface de la
pierre de l'huile d^ lin, qu'on
laisse imbiber dans les traits une
ou deux minutes, puis on l'essuie
avec un linge très -doux. On lave
la pierre au moment même où l'on
veut tirer des épreuves.
5
( 38 )
... * . '
IMPRESSION.
Description de la Presse et de ses
rouleaux.
La presse dont nous nous occu-
pons ( figure 1 ) est formëe par une
table rectangulaire , supportée par
les traverses 2 j les deux traverses
les plus longues sont entaillées de
la moitié de leur épaisseur, afin de
former une coulisse dans laquelle
on fait glisser un chariot destiné à
faire avancer ou reculer à volonté
la pierre gravée. Ce chariot qui
supporte la pierre est formé par
une caisse peu profiande 4 > dans
laquelle on met du sable, afin que.
S
.remplissant les inégalités de la
^pierre que Ton doit y poser, celle-
ci appuie sur tous les points. On
'fixe à cette caisse un cadre qui lui
sert de couvercle et qui tourne
autour ^des charnières 19, et sur
ce même cadre on tend un cuiç
assez fort po^ir p.e pas être déchiré
par un frottement ^ssez considérar
ble. Comme à la caisse 4 P^ ^
attaché deux boucles dans lesquel-
les on passe des courroies fixées
sur un cylindre i5 , autour duquel
on les roide en mouvant le tourni-
quet 14 > on peut mouvoir à vo-
lonté le chariot dans la coulisse.
Au milieu de la longueur de la
table rcfctangulaire , on fixe une
traverse 7 qui tourne autour de la
charnière ao , et sur cette traverse
(42)
^.son point d'application sur la
planche i3. Enfin la lame de fer
28 est destinée à diriger un bras du
levier 12, et ses vis 27, à mainte-
nir la pierre dans 1q cadre.
f Le cylindre, figure 3, ou rouleau
à imprimer, est en boisj il offre une
longueur de quin;5e pouces sur cinq
de diamètre. Le cylindre présente
à ses extrémités deux manches gar-
nis He cuir, et le cylindre hii-même
est revêtu de flanelle bien tendue ^
qu'on recouvre avec un cuir doux
,etsans couture 5 car s'il en existait^
elle pourrait enlever le dessin.
Lorsqu'on le roule dessus, c'est
le rouleai;i chargé 'de noir qui sert
à colorier le dessin qu'on a tracé
sur la pierre.
' » 1
(43)
Fréparation des Vernis ou Huiles
à broyer les couleurs.
Il faut avoir deux sortes de ver-
nis que nous désignerons par ver-"^
nis faible et vernis fort.
Tous deux se font de la manière
suivante :
On doit avoir une marmite dont
le couvercle joint bien j on ne
remplit qu'à moitié d'huilé de lin*
ou de noix, que Pon fait bouillir
à grand feu. Lorsqu'elle bout , on
Tenflamme en la remuant pendant
tout le temps. Pour le premier ver-
nis , on la laisse brûler un quart
d'heure j pour le second , que nous
appelons vernis fort, elle doit brû-
ler trois quarts d'heiure. Le cou-
^ /
( 44 )
vercle de la marmite ne doit servir
qnje pour éteindre le feu j pour plus
de sûreté , il faut avoir un linge
mouillé qu'on jette dessus le cou-
vercle, ce qui empêche l'air de
pénétrer dans la marmite.
Quatre à cinq minutes après,
vou$ débouchez cette marmite pour
y laisser reposer le liquide pendant
vingt-quatre heures- On peut met-
tre ensuite ce vernis dans des bou-
teilles p et s'en servir pour broyer
les coulieurs à imprimer.
Choix des Couleurs à imprimer ^
et manière de les broyer p
Toutes les couleur^ broyée$ à
l'huile préparée sont bonnes pour
Timpression , pouryu qu'elle-s ne
(45)
contiennent pas d'oxide de plomb.
Comme Ton imprime plus sou*
vent au noir qu*à toute autre cou-
leur , on doit le choisir d'un beau
noir de velours , et , qu'en le pres-
sant entre les doigts, on en sente la
douceur. Ce noir nous vient ordi-
nairement de Francfort ( * ). On
( * ) U faut pour se servir de ce noir , le calci-
ner de la manière suivante : On fait fondre
dans un vase vernissé deux parties de cire que
Ton mélange avec deux de térébenthine de Ve-
nise; ce mélange doit se faire avec précaution.
Si ,on laissait trop chauffer la cire , la térében-
thine s^enflammerait. n est à propos que la chaleur
soit très-douce pour pouvoir réunir ces deux corps.
Aussitôt qu^ils sont dans un état liquide , on ajoute
de ce noir autant que possible de manière que le
tout forme une masse très-dure ; ensuite on bouche
le vase avec son couvercle que Ton a soin de bien
luter avec de la terre glaise pour que Fair ne puisse
pas pénétrer.
n faut un bon feu pour cette opération; on
6
(46)
nous en rend que Ton fait avec de
la lie de vin : il est dur et grisj ce
noir doit être rejette par les impri-
meurs. On broie le noir et toutes
couleurs à imprimer à la lithogra--
pliie,avec le vernis faible, en y
ajoutant une ou deux gouttes d'es-
sence de térébenthine et du vernis
fort en petite quantité. Ces couleurs
doivent être broyées très-épaisses.
C'est de cette précaution que dé-
pend le brillant de l'impression*
Il n'en faut broyer que la quantité
dont on veut se servir, attendu
reconnaît que le noir est sufilsamment calcine lors^.
que le vase est rouge, et qu'il s'est maintenu dans
cet état pendant cinq minutes environ. On retira
le vase du feu pour le laisser refroidir lentement
jusqu'au lendemain sans le déboucher , et pour s'ea
servir, on le broie de la manière indiquée.
(47)
qn*elles se graissent en vieillissant.
Lorsque l'on veut imprimer , on en
enduit le rouleau , pour en rechar-
ger la pierre à chaque épreuve que
l'on veut tirer. Il est à propos que
Ces cbulëùrs soient plus fortes l'été
que l'hiver , ainsi donc , l'été on
mettra plus de vernis fort. Je me
suis souvent servi d'une encre que
je préparais de la manière sui-
vante :
3 parties de suif et 2 de noir de
fumée y
2. parties de vernis faible ,
2 parties de térébenthine de Ve-
nise.
On mettra toutes ces matières
dans un pot vernissé et garni de
son couvercle pour le mettre sur
le feu î et lorsque ces matières com-
(48)
menceront à fumer , on mettra le
feu avec un papier allumé ; alors on
retirera le vase du feu pour le tenir
toujours enflammé, ayant soin de
rem.uer constamment avec une spa-
tule de fer pour le laisser brûler
pendant environ un quart d'heure.
On recouvrir^, le vase pour étein-
dre le feu , et cinq minutes après
on le découvrira ppur laisser re-
froidir. On ne peut se servir, de ce
noir qu'après l'avoir bien broyé
sous la molette. Il arrive quelque-
fois que ce noir est trop fort, sur-
tout en hiver ; mais rien n'est plus
facile que de l'adoucir en y mêlant
un peu de vernis faible. Quand on
le broie , on peut aussi se servir
d'un peu d'essence de térébenthi-
ne, afin qu'il s'étende bien au rou-
(49)
leau y et se décharge mieux à
répreuve ; il présente également
l'avantage de se fixer facilement sur
la pierre et de ne pas se mêler à
Teau qui sert à humecter cettepierre •
De r Impression en général.
Pour obtenir une impression par
les procédés lithographiques , il
faut y apporter la plus grande pré-
caution j pour réussir voici celle
qu'il est essentiel de suivre. On doit
avoir soin de laver la pierre avec
de l'eau après chaque tirage , et
même de temps en temps il ^st bon
de l'humecter avec de la ^omme
( * ). Si malgré toutes ces précau-
» ■ i \ m
( * ) En lithographie on ne doit employer que
de la goilime arabique, préalablement dissoute
dans de Peau fraîche.
(5o)
tions le noir s'attachait dans les
parties qui ne doivent pas être
coloriées , il faudrait bien vite
éponger la pierre à grandes eaux.
L'imprimeur doit avoir plusieurs
éponges, dont chacune est consa-
crée à un usage particulier. La
plus grande sert pour les lavages
légers et pour humecter la pierre ,
jamais pour l'encre et encore moins
pour Tacide ; cette éponge doit
être tenue bien propre, autrement
elle pourrait gâter l'impression :
les autres destinées pour l'encre et
pour humecter la pierre avec l'aci-
de doivent être plus petites.
. Si , en suivant dans ce tirage la
méthode que nous indiquons , on
craignait encore de salir les pier-
res par un tirage trop répété, ou
(5i )
par la mauvaise qualité de Tencre,
on pourrait se servir avec avantage
du procédé suivant pour enlever
toutes les souillures. U faut mêler
deux parties environ d'huile d'oli-
ve, deux parties d'essence de té-
rébenthine et trois parties d' eau :
on agite fortement le mélange dans
un vase jusqu'à ce qu'il écume.
C'est avec cette écume qu'on lave
la pierre en la passant rapidement
dessus avec une éponge. Avant de
faire cette opération, il convient
de l'imbiber d'eau , afin que les
huiles ne puissent se combiner
qu'avec les substances grasses.
Il arrive, dans ce lavage avec
l'écume , que les traits disparaissent
entièrement et que la pierre de-
vient toute blanche j cet effet ré-
(50
suite de ce que la térébenthine se
combinant avec les parties grasses,
les enlève , et qu'en même temps
l'huile imbibant les traits couverts
d'encre , s'empare du noir. L'eau
qui se trouve dans le mélange hu-
mecte toutes les parties de la pierre
qui avaient été d'abord mouillées et
empêche que l'huilene les pénètre.
La pierre étant bien essuyée et
lavée à grandes eaux , paraît sans
aucune trace de dessin ; on croirait
qu'on a tout effacé et qu'on serait
obligé de refaire le dessin de nou-
veau j mais comme il est toujours
resté de l'encre résineuse dans les
traits, le noir seul en est disparu.
On reproduit le dessin en le co-
loriant de nouveau avec le rouleau
chargé de noir j pour cela on com-
( 53 )
mence à passer sur la pierre un
enduit d'une légère dissolution de
gomme , destiné à empêcher que
le noir qu'on doit passer pour co-
lorier les traits ne puisse s'étendre
ailleurs que sur ces mêmes, traits
résineux qui ont repoussé la gom-
me. Ainsi en passant le rouleau
chargé de noir, on voit les traits
reparaître plus nets et plus colo-
riés qu'auparavant.
Préparation à faire aux pierres
dessinées que ton veut imprimer •
Le dessin étant fait sur la pierre
de la manière que nous avons indi-
quée précédemment, soit au pin-
ceau , soit au crayon ( * ) , on met
>l I Il I I ■! . Ill I I ,
^ '^ ) La pierre dessinée à la pointe ne demande
d^autre préparation que d'hêtre lavée à Feau au mo*
ment de Timprimer. 7
( 54 )
la pierre dans un baquet de boîl
assez grand pour la contenir, et
l'on yerse dessus toute sa surface
de Pacîde nitrique étendu dans
60 parties d'eau environ. Aussitôt
qu'on Toit une légère ébuliition, on
verse de l'eau fraîche dessus, onl'é-
goutte , puis on recommence trois
ou quatre fois en terminant tou-
jours par l'eau fraîche , et l'oil
donne de suite une couche de gom-
me ( * ). La pierre étaiit dans cet
état , on lève la barre 7 de la pres-
(^*) Cette opération ne se fait qu^unefois. Lor»-
qu^on cesse d^imprimer y on donne une couche de
gomme à la pierre, ayant soin de bien l'étendre avec
une éponge sans y laisser d^inégalité. La gomme
étant sèche, la fierre peut, par ce moyen, se
conserver long-temps. Pour la réimprimer, il suf-
fit de passer sur toute la pierre de Thuile de lia
(55)
$e; et le chariot poussé à l'autre
extrémité du tourniquet, on lève
le cadre qui le couvre pour y pla-
cer la pierre.
La pierre étant ainsi assujettie
dans le chariot, on verse dessus un
peu d'huile dans laquelle on a mis
précédemment un dixième d'es*
sencede térébenthine et qu'on passe
avec une petite éponge sur tous
Içs traits du dessin pour les dispo-
ser à mieux recevoir l'encre du
fouleau. On enlève de suite cette
huile avec un mauvais linge , et on
lave la pierre à grandes eaux qu'on
enlève avec une éponge bien pro-
coupée d'essence de térébenthine , pour disposer
les traits k reprendre le noir du rouleau q^ue l'oii
passe dessus après avoir la,v4 la, pierre à grande*
eaux.
(55)
pre, puis on la ressuie avec uit
linge légèrement humecté et mis
en plusieurs doubles , afin de pou-
voir la charger de noir ou toute
autre couleur avec le rouleau , ce
qu'on appelle encrer la pierre.
Alors rîmprimeur pose la feuilr
le ( '*' ) sur le cuir du cadre qu'il
■■> «»■'
* ( * ) Le papier doit être légèrement humecté
pour être imprimé. Il faut pour cela tremper le«
feuilles dans un baquet d^e^iu , on ne trempe dao9
ce baquet que la moitié du papier que Ton yeut
imprimer , et l'autre moitié sert k intercaller Ie«
feuilles sèches entre celles qui sont mouillées. Oa
met le tout à plat entre deux planches que Toi^
charge sufîisamment deux heures après environ ,
pour affaisser le papier. L'imprimeur fait ordi-
nairement cette opération. le soir pour imprime^
le lendemain matin.. Pendant ce temps les feuilles
mouillées humectent lés sèches et celles-ci dimi-
nuent la trop grande humidité des autres.
(57)
vient de lever et qu'il rabat avec
la feuille de papier , fait retomber
la barre 7 et engage le pêne 8 dans
Tentaille de la barre 9. Il monte
8ur la planche 1 3 , qui exerce une
pression y à l'aide des deux leviers
11 et 12, sur la règle frottante, et
celle-ci sur la pierre, en faisant
mouvoir le tourniquet i4} il amène
le chariot jusqu'auprès de ce tour-
niquet et exerce ainsi une pression
sur toutes les parties de la pierre que
la tringle parcourt.
L'imprimeur descend de dessus
la planche i3 , pour relever la bar-
re 7 , et repousse le chariot à l'au-
tre bout de la pressé j il relève le
cadre de dessus le chariot pour en
retirer l'épreuve qui se trouve sur
^a pierre, et de suite on mouille la
V
(58)
pierre ( * ) que l'on ressuie de nou-
veau avec le linge humecté :r alors ,
en recharge la pierre pour, obtenir
d'autres épreuves* Enfin le procédé
est le même pour toutes les épreu-
ves.
Si^ dans le cours du tirage , on
remarquait que quelque chose man-
que au dessin , on pourrait retou-
cher de cette manière: aussitôt l'é-
preuve, enlevée de dessus la pierre
qui se trouve séchée par le foulage
occasionné par l'impression ^ on
peut retoucher au crayon , à la
plume ou au pinceau , selon le
genre du dessin j la retouche faite ,
on recouvre toute la surface de la
> ■——-■'- » ■ — ■■ I ■
( * ) Il faut avoir soin de la tenir toujours hu-
mectée , quand il arrive que la pierre sèche , la
préparation se perd.
pîeïre d'une couche de gomme
qu*on lave un instant après pour
continuer l'impression j et si quel-
que chose manquait , on recom-
mencerait la même opération.
On peut par le moyen de plu-
sieurs encres de difFérentes cou-
leurs, et plusieurs pierres répairées,
où Ton aura décalqué le même su-
jet, obtenir un résultat semblable
à celui que Ton produit avec la
gravurç. sur cuivre, dite en cou^
leurs à quatre planches.
Impression par transposition.
L'encre graisseuse que l'on em-
ploie dans la lithographie , étant
assez longue à sécher , quoique
susceptible de s'épaissir, il était
intéressant de profiter de cetincon-
( <îo )
vénîent pour obtenir une impres-
sion, en transportant sur la pierre
un dessin ou une épreuve faite sur
un papier gommé. Les méthodes
que Ton emploie pour y parvenir
peuvent se diviser en deux espèces.
La première consiste à transporter
sur la pierre les épreuves d'un des-
sin déjà lithographie, et la deu-
xième à y fixer un dessin ou écri-
ture tracé sur le papier gommé.
Transposition par épreuves.
ï Une épreuve lithographiée par
les moyens ordinaires peut fournir
une contre-épreuve en l'appliquant
toute fraîche sur la pierre, en sorte
que, par ce moyen, on peut obte-
nir sur-le-champ une nouvelle
planche qui rend le même dessin
( 6i y
que la première. La pierre doit
être complètement sèche j car, si
elle était mouillée, il est évident que
Teau repousserait le noir du pa-
pier, et celui-ci ne se fixant pas sur
la pierre, ne pourrait pas produire
une impression j mais , la planche
étant bien sèche, en appliquant
l'épreuve sur sa surface et pressant,
on obtient un dessin ou des lettres
tout- à- fait fixées sur cette pier-
re ( * ).
On peut, par le même procé-
dé ,' transporter sur la pierre une
épreuve fraîche d'une gravure sur
cuivre que Ton vient d'obtenir.
Pour réussir, il faut seulement l'a-
( * ) Ainsi , pour obtenir des épreuves d'un
dessin transporté , il suffit de préparer la pierre
comme nous Tavons indiqué page 53.
8
voir imprimée sur xm papier très-
gommé, ce qui empêche l'enci^e
de tenir au papier , à cause de la
gomme dont il est revêtu. Il s'en
suit que l'épreuve se reporte plus
facilement sur la pierre : les seules
précautions à prendre , dans Tune
ou l'autre méthode, sont de déta-
cher avec soin le papier de la
pierre. Pour cela, il suffit de le
mouiller légèrement î si on négli-
geait cette attention, plusieurs traits
pourraient s'enlever, ou du moins
ne seraient pas bien nets.
H n'est pas impossible de trans-
porter sur la pierre , par des pro-
cédés à peu près semblables , d'an-
ciennes gravures devenues rares,
et que l'on désirerait multiplier.
Quoique les traces sèches des an-
(63)
cîennes gravures ne semblent gnè-
res propres à donner une nouvelle
impression, on peut cependant les
en rendre susceptibles en les hu-
mectant de nouveau. Quelques es-
sais nous ont prouvé qu'il n'était
pas impossible d'en reproduire ain-
si, en les colorant de nouveau avec
une encre typographique ordinaire.
Il faut d'abord humecter le papier
avec des acides étendus d'eâu qui
en attaquent la colle et les rendent
plus perméables à ce dernier liqui-
de : on empêche en même temps
le papier de recevoir l'encre du
rouleau j mais, pour que l'encre
de ce rouleau ne se mêle point avec
les acides , on passe sur la planche
tme légère couche de gomme ara-
bique , que l'on a soin d'étendre
(64)
avant de tirer Ifes épreuves : le noir
de la gravure devient aussi plus sus-
ceptible de recevoir la couleur du
roulea^, et par conséquent, de
pouvoir donner plus facilement
upe contre - épreuve. L'estampe
étant suffisamment naircie , on
transporte la gravure sur la pierre j
il ne s'agît plus ensuite que d'opé-
rer la pression. Si tcTutéS les opéra-
tions ont été bien conduites, on
obtient une contre - épreuve assez
exacte.
I 4 1 - • . I '
On peut encore obtenir des con-
tre épreuves par un procédé peur
différent , et cela , en recouvrant
la gravure avec de l'amidon^ cuit
dans l'eau seulement. Avant de
faire usage de l'amidon, il fautj^
lorsqu'il est coagulé , le mêler aveq
(65)
de l'acide sulphurique en y ajou-
tant un peu de soude, puis avec
l'encre typographique, ordinaire.
Alors le blanc du papier , défendu
par l'amidon qu'on y a mis précé-
demment , ne reçoit point le noir
de l'encre , tandis que les traits de
la gravure s'en colorent. On enlève
ensuite ,. avec soin et avec une
éponge , l'amidon qui avait collé
la gravure^ cette opération termi-
née , on porte la gravure sur la
pierre, et l'on opère la pression.
Les deux opérations que nous
venons de décrire réussissent le
plus ordinairement ; mais elles sont
très-difHciles à exécuter. Il est fa-
cile de juger avec quelle précau-
tion il est nécessaire d'agir pour
parvenir au résultat qu'on se pro-
(66)
pose : M. Darcet a , dû reste , assez
bien réussi, sur-tout pour obtenir
une contre-épreuve d'une gravure
ancienne ^ en employant le lait pur
ou Teau de savon. Une cause célè-
bre a prouvé depuis peu combien
ces moyens étaient 3ûrs et faciles.
Cependant le point le plus difScile
dans Tart de transporter sur la
pierre une gravure ancienne, est
d'en i^endre l'encré assez colorée
pour donner une impression. Au
reste, quand les gravures sont peu
anciennes , on peut bien les con-
tre-éprouver sur la pierre , soit par
le moyen du lait pur, soit simple-
ment avec l'eau de savon, ainsi
que l'ont pratiqué MM. Darcet et
Choron pour la contre-épreuve de
la musique.
(<î7)
Transposition du Dessin»
Il est assez ingénieux de pouvoir
profiter d'un dessin ou d'une let-
tre qu'on vient de tracer , et dont
on peut obtenir un nombre d'é-
preuves indéfini : les procédés ea
sont aussi simples que prompts.
Il s'agit d'abord d'écrire ou de
dessiner avec l'encre résineuse dont
on se sert pour écrire sur la pierre ,
qu'on a soin de rendre un peu
épaisse^
L'écriture ou le dessin doit ^e
faire sur un papier enduit d'une
dissolution de gomme. Comme l'en-
cre et la gomme sont très-solubles
dans l'eau, il en résulte qu'en
mouillant le papier de l'autre côté
du dessin seulement, l'écriture ou
(/8)
le dessin s'en détachent plus facile-
ment pour se reporter sur la pierre :
à peine en reste-t-il quelques tra-
ces sur le papier. Quand aux pro-
cédés pour en obtenir des épreu-
Tcs , ils sont toujours les mêmes
que ceux à suivre pour le dessiu
fait sur la pierre.
FIN.
ESSAI
SUR
LA RELIURE
A MES AMIS-
J^ES voilà ces Notes promises
depuis si long -temps! Je cède au
désir de V amitié y et la critique
peut maintenants^ exercer sur m,oi;
mais si je n! atteins pas le but que
je me suis proposé ^ si je ne par--
viens pas à bien décrire la théorie
des procédés que j*ai pratiqués ,
il me restera toujours le plaisir
d avoir formé des élèves dont je
ni! honore. Qit!il me soit permis de
citer entre autres y M, Alexandre
2) y conseiller à la cour
royale j un des plus habiles ama^
(7»)
leurs } M. Guillot^ ex - aide de
camp y et M. Lorillard^ relieur y
place St. Georges j à Dijon , dont
les reliures sont recherchées.
Tai composé ces Notes en
pensant à vous ^ recevez - les ,
mes Amis y comme un gage démon
souvenir.
MA IRE T.
INTRODUCTION.
J 'ai suivi dans ces Notes , toutes
les opérations de la reliure , mais
je n'ai fait que mentionner avec
quelques observations celles que
j'ai cru assez connues j cependant
il est essentiel de les lire toutes at-
tentivement , si l'on veut les bien
comprendre et se mettre à même
de les exécuter avec facilité.
Ce n'est point l'art du relieur
que je prétends donner ici ^ mais
de simples notes sur les divers pro-
cédés, qui m'ont le mieux réussi.
ESSAI
SUR
LA RELIURE.
ARTICLE I.
Pliement des Feuilles.
Il est peu d*amateurs, ou relieurs
qui ne sachent comment on plie
les feuilles d'un livre , mais la plu-
part n'apportent pas assez de pré-
cautions à cette opération , bien
plus essentielle qu'elle ne le paraît.
Il faut avec le plus grand soin
faire tomber les chiffres de pagina-
i
{7«>
tîonlesunssur les autres, de manière
à ce qu'en rf ^i?da9t le cahier au
transparent , tous les cadres de jus-
tification se rçHCcmtrent bien, et
que les marges de tête et de dos ( "•" )
du recto, et du: v«r§^Q, «oiei^t tirès-
ëgales.
ARTICLE II.
Découdre un livre déjà relié.
Cette opération doit se faire avec
beaucoup .de spia et de précaution j^
on commence par déchiirer lesrgaj^
desdan^s lea mors ,, sans attaquer la
partie dw- caliiai? contne. laquelle la^
gjE^rd^ esft collée, puis 03?. lever la^
veau ou basane ,^ etc. qui Eecouyxe.
(*) On appelle tète Khaut du livre, et dos Iç
fond.
(77)
le livre, ensuite en cotipô tom les^
fils y qui se trouvent sur le dos,
sur- tout les chaînettes ( "^ ) de tête
et de queu^ , ainsi que les ficelles
qui tienn^ent les cartons ; cela fait,
on sépare les cahiers , en commen-
çant par 1q premier et tenant le vo--
luiné à plat sur la table , le recto en
dessus , on appuie la main droite
sur les cahiers qui suivent celui
qu'on veut détacher. Loriique les
cahiers sont sépares on les ouvre
tous Tun après l'autre, pour en ôter
les fils et les ordures qui se trou-
vent entre chaque feuille , que l*ôn
nettoie ensuite avec de la mie de
pain rassis, en la passant sur toute
/
{*) On appelle chaînette la partie du fil de la
couture qui parait en tète et en queue, sur le dos
du Tolttm^.
lO
(78)
la surface de la feuille f au recto et
au yersio ; la mie de pain n'enlève
aucuns corps gras, ni les taches
d'encre, de suie ou de tabac, mais
cette opération est de rigueur pour
mettre le livre en état d'être relié,
ou nettoyé s'il est besoin , par d'au-
tres procédés.
ARTICLE m.
Procédé pour enlever les corps
gras sur les livres et estampes.
Après avoir nettoyé les livres à
la««nie de pain , on fait chaufîer la
feuille tachée pour enlever le plus
que possible de la tache, avec un
fer chaud et du papier brouillard ^
ensuite avec un pinceau imbibé
d'huile de térébenthine presque
( 79 )
bouillante, on frotte légèrement
les deux côtés de la feuille qu'il
faut tenir chaude. On réitère cette
opération autant que la tache l'exi-
ge. Lorsqu'elle est enlevée , on
trempe un autre pinceau dans de
l'esprit de vin très-rectifié , et on
frotte légèrement la tache pour
enlever ce qui pourrait reparaître,
sur- tout vers les bords qui sont plus
tenaces que le reste.
En employant ce procédé avec
précaution , les caractères écrits
ou imprimés n'en seront pas alté-
rés, la tache disparaîtra entière-
ment, et le papier reprendra $s^
blancheur première.
(8o)
ARTICLE ly.
Procédés pour enlever les taches
deipcre, de suie ou de tabac ( * ).
Les feuilles étant bien nettoyées
à la mie de paln^ et les taches de
graisse enleréeSy on met une ou
plusieurs feuilles tachées <ians un
yase de cuivre rouge, ou de terre
vernissée , qui puisse aller au feu
et assez grand , pour que ies feuil-
les y tiennent à plat sans être gê-
nées? on verse ensuite dans le vase
et sans toucher les feuîlles( ** ) une
-r»
( * ) M. Chaptal recommande pour le blanchi -
ment des livres et des estampes, Vacide niuriatique
oxigené ; son procédé «st eatcelkint , mais la pré-
paration et l'appareil qu'il exige le rendent d'une
exécution trop difficile aux amateurs.
( ** ) La solution doit recouvrir les feuilles de
deux lignes au moins.
(8i)
forte solution d'acide tartarique,
dans la proportiou. de deux gros
d'acide pour six onces d'eau, on
élève la température jusqu'à ce
que cette solution frémisse ou
bouillonne sur les bords , pendant
environ trois ou quatre minutes;
ensuite on décante la liqueur pour
la remplacer par de l'eau fraîche ,
qu'on décantera trois minutes
après. Si les taches paraissaient en-
core, il faudrait recommencer toute
l'opération. Les taches enlevées , on
fait bien égoutter l'eau, sans que
les feuilles vacillent dans le vase }
ensuite on les enlève avec précau-
tion. Tune après l'autre, pour les
mettre ressuyer sur des feuilles de
carton , et après on les étend sur
des cordes en plein air. Ce procédé
/
(82)
m'a toujours très-bien réussi j mais
le point essentiel est de ne pas tou-
cher les feuilles tant qu'elles sont
dans le liquide , car le moindre
frottement les altère. Le papier
ne perd aucune de ses qualités,
sinon qu*il se décolle entièrement.
AUTRE PROCÉDÉ.
On commence par humecter tou-
tes les feuilles, que Ton suspend
sur des fils attachés dans une caisse
de sapin, fermant hermétiquement
et dont tous les joints doivent être
lûtes avec de la cire et du suif, mê-
lés en parties égales. Avant de
fermer la caisse , on introduit sous
les feuilles suspendues, un mélange
d'une partie d'oxide rouge de
plomb ou minium, avec trois par-
\
(83)
tles d'acide muriatique ordinaire.
Il faut que ce mélange se fasse dans
un vase de verre et au moment
même de l'introduire dans la caisse,
qu'il faut de suite fermer et luter ,
pour ne point laisser échapper la
vapeur qui ^ en se dégageant du
mélange, doit blanchir les feuilles
humectées : on ne doit ouvrir la
caisse qu'après quarante-huit heu-
res. Il n'est guères possible de dé-
terminer la quantité des acides ;
le nombre de feuilles n'y fait rien ;
celaf dépend de la grandeur de la
caisse, par exemple, pour un boîte
d'un pied carré , on peut mettre
quatre, onces d'oxide rouge et dou-
ze onces d'acide murîatique.
(84)
ARTICLE V.
Les opérations précédentes ter-
minées , on reforme les cahiers , et
Ton dispose les gravures et cartons
pour les placer dans le volume : on
commence par les couper en dos
et en tête pour les faire aller avec
la justification de la page, à laquelle
la gravure doit faire face : puis on
la colle, ayant soin de mettre tou-
jours la colle derrière la gravure,
excepté quand là gravure regarde
la première ou la dernière page
d'un cahier^ dans ce caSf.^mla colle
sur le devant pour évîtei i^ia'elle ne
soit souillée en battant le livre ( * ).
{* ) On ne bdt jamais un volume , que vingts-
quatre heures après y avoir collé les gravures,
autrement la colle s^tendrait sur les marges , et
le marteau couperait les parties qui seraient en-*
core humides.
( 85 )
k. colle doit se mettre au bord seu-
lement de la gravure et servir en
même temps à coller le papier de
soie ( * ) que Ton a soin de mettre
devant chaque gravure pour l'em-
pêclier de se macider.
ARTICLE VI.
Du Battage des livres.
Dé toutes les opérations de la
reliure^ ceUc-ci exige le plus de
soins f on commence par diviser le
volume en plusieurs parties à peu
( * ) Le pî. t de soie doit être coupé de la même
grandeur qî ' If volume, il faut le choisir le plus
fort possible j on se sert avec avantage d'un papier
pdui« vélîa y demi-colle. On intercalle entre cette
feuille: et la gravure un autre papier de soie»
plus mince et qui ne tient ^ rien afin de pou-
vioir rôter du volume lorsque la reliure est
terminée.
11
( 86 )
près égales, leur nombre dépend de
son épaisseur ("*"). On bat d'abord
la première partie , le recto en des-
sus , et on a soin de passer le titre
sous la battée pour éviter qu'il ne
soit sali par le marteau , auquel on
fait parcourir toute la surface de
cette battée , en frappant bien éga-
lement . Chaque coup de marteau
doit frapper bien d'aplomb, avoir la
même force et n'avancer que de
six lignes sur le coup précédent j il
faut éviter de trop approcher des
bords , ce qui immanquablement
couperait les cahiers } cette battée
ayant ainsi reçu une volée (*"*"),
( * ) C'est ce qu'on appelle en terme d'ouTrier,
une ou plusieurs battées.
( ** ) On appelle volée , parcourir ayec le mar-
teau toute la surface du volume.
(87)
on la retourne pour en faire autant
de Tautre côté ; après , on passe un
ou plusieurs cahiers de dessus sous
la battée , de manière à ce que les
deux côtés qui ont reçu les coups
de marteau, se trouvent l'un contre
l'autre j on donne une seconde vo-
lée à cette battée, et ainsi de suite,
car il faut que tous les cahiers pas-
sent l'un après l'autre sous le mar-
teau, autrement, les feuilles de des-
sus et de dessous de chaque battée,
recevraient seules les coups de mar-
teau, et seraient lissées , affaiblies,
maculées j enfin on ne pourrait
rogner le volume en gouttière , car
la partie lissée coulerait et ne se
prêterait pas au ballotage comme
les autres. Cette battée ayant reçu
les volées nécessaires, on la dé-
(88)
borde ( * ) J comme cette opération
termine le battage , on touche à pe-
tits coups en tournant tout autour
de la battée, et en ayant soin de
frapper plus sur les quatre coins
que partout ailleurs , pour faire
bomber le milieu , sans cela on ne
pourrait presser le volume sans faire
plisser les feuilles.
On en fait autant à toutes les bal-
tées.
ARTICLE VII.
Quand les volumes sont battus ,
on les met dans la grande presse
' ( * ) C*est-k-<lire frapper à petits coups avec
le marteau sur les bords, ensorte que la main qui
tient le manche du marteau , soit en dedans du
volume, pour toucher plus sûrement et éviter
de couper ks cahiers.
(89)
( * ) , on les pose d'abord sur un
carton à droite , et les ais ( ** ) à
gauche de la presse : on commence
par mettre un aïs dans la presse et
bien au centre, pour que la pression
-soit égale , • on met sur cet ais la
première partie d'un volume, le
recto en dessous, la tête à sa gau-
che et le dos devant soi, bien dans
le centre de Tais pourles deux bouts.
( * ) Pour mettre en presse , on divise les vo-
lumes en deux, trois ou quatre parties, suivant
leur épaisseur, en ayant soin de ne pas les divi-
ser dans les endroits où ils Pont déjà été pour
être battus, car les feuilles déjà lissées par le
marteau , le seraient encore par les ais.
(^** ) Les ais sont des planches de 4 à 5 lignes
d^épaisseur, d^un hois dur et susceptible de se
bien polir : ils doivent être un peu plus grands
que les volumes qu'on veut mettre en presse. Ces
ais varient pour la grandeur , suivant le format
des livres.
(90)
le dos presqu'à fleur de Vais, sur le
devant , et tous les cahiers très-jus-
tes l'un surTautre en tête et en dos.
On recouvre cette première partie
d'un ais en le faisant tomber bien
d'aplomb sur l'autre, et on place
dessus la partie suivante du volu-
me , le recto toujours en dessous et
bien d'aplomb avec la première, on
continue de même pour le reste du
volume, et ainsi de suite pour tous
les autres, afin que chaque partie
se trouve séparée par un ais, de
manière à ce que la pressée ( * )
soit bien d'aplomb avant que de
serrer la presse.
On ne saurait presser trop fort.
( * ) Une pressée, est la quantité de volumes que
contient la presse.
(91 )
et les volumes doivent rester douze
heures au moins dans cet étatj
après ce temps on retire les volu-
mes de presse sans faire de mélan-
ges.
ARTICLE VIIL
Le livre retiré de la grande presse, J?
on le coUationne , ce qui se fait - •
en prenant le volume de la main
droite^ en tête de la gouttière ( * )
et le serrant fortement : la main
gauche tient la queue en dos du
livre, dans cet état, on tourne la
main droite un peu en dessous, ser-
rant toujours le coin qu'elle tient,
ce qui oblige le pouce de la main
gauche à lâcher les cahiers qui se
( * ) La gouttière est le devant du livre.
(9^)
renversentsnr le poignet de la main
droite, le ponce gauche ne doit
laisser renrerser qu'un cahier à la
fois aiîn d'avoir le temps d'apper-
cevoir les lettres ou cliîiïres de ré-
clame qui sont au bas du recto de
chaque cahier.
ARTICLE IX.
Quand le livre est coHationné, on
le bat de nouveau, avec les mêmes
— ""• "itions que la première fois,
lent on le bat moins fort;
econde opération sert à effa-
i plis formés par le premier
e: si le volume est plissé dans
eu, il faut battre un peu plus
bords, si au contraire ce sont
ins qui plissent, on battra
(93)
tm pen plus le milieu : cette opéifa-
ûon finie; on remet le volume en
presse, en suivant pour cette fois
ce qui a été indiqué pour la précé-
dente.
ARTICLE X.
Le livre ayant été battu et pressé
une seconde fois, on le coUationne
ainsi: on pose le volume sur la table,
le recto en dessus, et avec un plioir
on coupe tous les cahiers en tête
et en gouttière ; le premier caliier
étant coupé on le place à sa gauche,
le recto en dessous, le second de
même et ainsi de suite , en ayant
soin de les placer l'un sur l'autre
afin d'éviter le mélange. Tous les
cahiers étant coupés , on redresse
le volume en tête et en dos , on le
(94)
place 6ur la table/ le recto en dç^i^'
et on appuie le poignet ganclie. $w
le plat du livre , près du do?, en te-
nant le pouce élçyé en dessus afin
de retenir les feuillets que le pmice
et l'index de la main 4roite retour-
nent un à un ( * ) , pour acquérir
la certitude que Tordre de pagina-
tion n*est pas interrompu.
Cette mëthode a davantage de
rendre le volume plus facile à être
rogné en gouttière et de pouvoir
ménager les marges, chose très*
essentielle et toujours trop négligée.
ARTICLE XI^
On colle les gardes blandies, en
mettant sur leui^ .bqrd^^ 4vl cjQté du
'^^^■— ^^^— T^^T— i— — w^^^pyyyn^^^f^iwp m ■ ■ ii i
( '^ ) Il faut avoir coin de ne pas déranger Içi
feuillets dans le ^nd du Gabier. ^
i^5)
dos, delà colle d'une ligne de large,
p<3iUr les faire tenir après le premier
jPeûîllet du premier et deriiier caliiers
dtt litre i en ayant soin que là gar-
dé affleure la tête et le dos du cahier.
Pour les reliures soignées , on doit
ihettré pour gardes ^ quatre feuillets
formant un petit cahier qui doit
être grecque et cdusu comme l0
reste du yolume .
Il faut choisir pour gardes blan-
ches du papier collé ^ le plus sem-
blable possible à celui sur lequel,
le livre est imprimé.
' ARTICLE XII.
Lorsque les gardes sont collées ,
an grecque le livre pour le coudrej
on appelle grecquer, entailler le
doâ avec uAe scie pour loger lei
(9«)
ficelles sur lesquelles on coud; les
livres à nerfs ne se grecquent que
pour les chaînettes y celle de tête
doit être à six lignes du bout^ et.
celle de queue à douze ou quinze
lignes y selon le format , parce que
Ton rogne toujours plus le volume
en queue qu'en tête à cause des
fausses marges. Pour les livres nom-
més livres à la grecque, la première
grecque doit être à deux pouces
de la tête pour un in - 8°., vingt
lignes pour un in-ia et un in-i8.
ARTICLE XIII.
Coudre.
U y a deux sortes de coutures, la
couture à nerfe et celle à la grecque:
cette dernière est la plus facile, il
faut seulement avoir soin de bien
(97)
diriger le fil pour faire répaissenr
des cartons, ce qu'on appelle le mors.
Sx les cahiers sont nombreux et d'un
papier mince , on aura soin de
prendre du fil très-fin et de coudre
à deux cahiers ( les deux premiers
et derniers cahiers doivent toujours
être cousus seuls ). Si les cahiers
du livre sont forts et peu nombreux,
on prendra du gros fil afin de pou-
voir former le mors , et on coudra
à ua seul cahier; enfin il faut tou-
jours proportionner le fil à l'épais-
seur des cahiers, il faut surtout évi-
ter de faire trop de dos, car cette
couture permet de baisser les car^
tons avec la pointe à endosser, ce
qui donne la facilité de faire assez-
demors. Il n'en est pas de même
de la couture à nerfs, le fil qui est
' (98)
croîsé par-dessus la ficelle ne per-
met pas d'écarter les cahiers pour
former le dos^ on aura donc sôiil
de niettre assez de fil pour que le
dos s'arrondisse de lui-même.
La couture à nerfs diffère peu de
l'autre , seulement les cordes qui st
trouvent incrustées dans le dosi pour
la couture à la grecque , sont dans
celle-ci sur le doS et forment cet
côtés que Ton voit Sur le dos du
livre lorsqu'il est relié : le cousoir
pour cette sorte de couture doit
être morité avec beaucoup de ré-
gularité , les cinq ficelles doivent
être à égale distance : la distance de
tête plus grande que celle di entre
nerfs j et celle de queue plus longue
que celle de tête.
On ne peut coudre qu'un seul
( 99 )
volume à la fois parce que les ficel-
les ne glissent pas. Lorsqu'on a plu-
sieurs volumes du même ouvrage ,
il faut absolument que le cousoir
soit monté comme pour le premier
volume. Le fil de cette couture se
tourne autour, de chaque ficelle y
la personne qui coud , au lieu de
passçr son aiguille à gauche de la
ficelle en revenant de queue, la
passera dans la couture à ner& , à
drpite , pour repasser ensuite à gau-
che, cq qui fera faire le tour au fil.
f
ARTICLE XIV.
Détortiller les ficelles ^ les racler
et les encollerpour faire la pointe.
Onnedoitmettrede la colle qu'au
boutj si on en mettait trop loin
cela donnerait du roide aux ficelles.
( lOO )
ARTICLE XV.
^Piquer les Cartons,
On place les cartons de chaque
côté du livre et on trace avec une
.pointe vîs-à-vis chaque ficelle, en
ayant soin que le carton déborde la
tête de 3 lignes* Les cartons tracés,
on fait trois trous vis -à- vis chaque
ficelle dans la ligne du trait et
près du mors : deux trous sont
piqués en dehors et un en dedans ,
les deux du dehors doivent être
sur la même ligne et à la distance
de deux ou trois lignes, celui du
dedans à la même distance des
deux autres et formant le triangle.
ARTICLE XVI.
Passer les Cartons.
Les cartons étant piqués, on pas-»
(loi)
se en ficelle, c*est-à-dlre, on fait
passer la ficelle dans le trou le plus
rapproché du mors , en tirant le
carton contre le dos et repassant la
ficelle dans le trou du milieu, on
la repasse ensuite dans le deuxième
trou du dehors , on tire les ficelles
et on les serre suffisamment , puis
on s'assure que les cartons sont bien
également serrés de manière à se
fermer avec facilité , et formant le
mors bien également : alors, on
passe le bout de la ficelle de queue
et de tête dessous la ficelle entre
les deux trous faits en ligne verti-
cale ; elle se trouve alors passée en
dedans du carton, ainsi passée sous
cette ficelle, on tire le bout pour
serrer cette espèce de point , et celle
passée dans les deux trous du de->
i3
( 1Ô2 )
hors àf)puîe ètir lé bout qné Ton
tiré , c'est le nœud qiiî empêche ïès
ficèUèà de ô'échàfypter; Cette 6j)éra-
iïoii faite, oh bat lëé ficelles, c^èsft-
à-dif fe, a[|)|)latir avec le ifiàftéâti les
ficelles passées dans les tfdùà potif
les resserrer, âfiù que Célà Ûe fdààè
pas épaisseur ^i- lé cdrtdii, céld èé
fait Cfrdîriâîi-émexit siif là piérf é â
pa*et: on tieiii le Tolmhè de Id
ihâîn gàucKé pat le^ fénîlfeâ étdtk
fcôté delà gouttière^ eiisflite oiï àp-
pvLiè lé dos dû lii^re cdfitre lè bbrd
de \é pierre , en laissant tomber lè
càrtoîi dessus > dé Sorte ^tié lè iùôrà
te ttoixrë côMté Fàfïglé dé la pîerfè
istir èùti épàistetfreîlécartoii èiit soii
ï>latj Ëldrs aii frappe dé là ihàîii
droite aryéc lè inartèaii ihr chàcimè
defi^ficèlte* éi des ttàxià àéscaxions^
<io3)
suffisamment pour boucher les uns
et baisser les autres^ mais de ma-
nière cependant à ne pas couper
les ficelles , ce qui arrive souvent
lorsqu'on touche à faux, pu qup 1$
fice^e port/e trop sur l'angle de 1$
pierrp. J^es ficelles étant ainsi batr
tues des deux côté$ , on prend le
volume par la gouttière > les deux
cartçns ouverts^ ensuite on appuiç
le9 m^ins de chaque côté contre les
gardes du livre dont on pose le dos
sur la pierre , ajQr3 on frappe léger
rement pour faj re cpuler les cahier^
et les égaliser afin que le dos sp
trouve bien droit, on relève les car-
tons et on le^ ferpie ensemble ppup
que le mors ne se jette pas plus
d'un côté qwe de Ji'autre.
(io4)
ARTICLE XVn.
Endosser.
On appelle endosser , former lô
dos du livre: pour ce, on prend
ordinairement six volumes ( pluô
ou moins )^ il faut avoir deux mem*-
brures et cinq aïs entre deux; on
ouvre sufSsamment la presse à en-
dosser pour contenir les ais etleô
volumes j on pose une me'iiibl^are
sur la première jumelle de la presse^
le côté mince de cette membrure
étant contre l'ouverture delà presse
et le côté épais contre Pendosseurj
on pose un livre , le carton en
mors , bord à bord de la membrure;
on prend un ais entre deux, on le
pose sur Fautre carton du livre ^ de
manière à ce que Tais tombé per*
( io5 )
J)eii<liculairement avec la membm*
i-e et que l'angle se trouve juste au
mors du carton, ainsi de suite jus-
qu'à la seconde membrure , ayant
Soin que les cartons soient bien
à fleur des ais et bien alignés : ainsi
ise compose ce qu*on appelle un
paquet. On pousse le paquet avec
la main droite , en le prenant par
la membrure qui appuie sur la
presse, la main gauche appuyantsur
la membrure du dessus afin de te-
nir le paquet et d'éviter qu'il ne se
dérange ou tombe dans le porte-
presse j on pousse ce paquet jusqu'à
ce qu'il se trouve partagé par l'an-
gle de la jumelle , de manière à pou-
voir le renverser dans la presse pour
y être serré et tenu suffisamment
pour ne pas tomber, mais cepen-
(,o6)
dant pas assez pour empêcher les
mouyemens que Ton donnera aux
cartons et aux cahiers. On examine
alors avec soin tous les cartons afin
de les bien dresser avec les aïs. On
commence par le volume qui se
trouve contre rendosseur , on prend
de la main droite la pointe à en^
dosser , on la glisse entre le carton,
et le livre j si Ton veut descendre
le carton , on appuie dessus en tour-
nant légèrement la pointe, si au
contraire on veut descendre le vo-
lume, on tourne la pointe en appu-
yant sur le volume j c'est par C0
moyen que l'on parvient à faire les
mors bien égaux.
Lorsqu'on s'est assuré que les
mors de tête et de queue sont bieii
à la même hauteur et suffisamment
( *o7 )
relèves pour couvrir les cartons,
bn SLttôtidit uii peu lè dos en faisant
baisser lés cahiers des côtés toujours
avec là pointe à endosser , qui doit
àpj>tiyêr Sur ceux que Toii veut
bâiséër. fl fatit avoir soin de ne pas
trop forcer la pointe qui pourrait
décHîi'ef lés feuillets du livre.
LèsclôS assez arrondis, les mors
bîefa éptVLit et tous les cartons à là
iriêmé hauteur, bien alignés avec
les aïs , on relève ou Ton baisse lé
jiaqtiet dé manière que les mem-
bruressortent d'un pouce au-dessus
des jumelles , on regarde si rien ne
s'est déraûgé , on serre avec la plus
grande force et également la presse
des deux bouts: dans cet état, les
livres bien maintenus dans la presse,
on frappe sur les dos avec un petit
( io8 ) .
marteau 9 pour faire recouvrir par
les cahiers les mors des cartoné,
abattre les bosses et élargir les têtes
et les queues qui se trouvent tou-
jours plus serrées que le milieu.
Cette opération faite, on attacha
avec une corde le paquet par le
haut , on le sort aux trois quarts
de la presse en la desserrant égale-
ment j le paquet remonté, on res-
serre la presse avec précaution et
peu de force, ensuite on lie le pa-
quet dans le bas et on Tôte de la
presse pour en recommencer lui
autre.
ARTICLE XVIII.
Méthodepour endossera V anglaise
Celle - ci est infiniment plus longue
que l'autre. Il faut que la couture
( 109 )
soît plus soignée que pour la pre-
mère , elle doit être très-serrée ,*
bien rabattue et on doit éviter de
faire trop de dos avec le fil ; les dos
doivent être bien dressés à la cou-
ture , on y parviendra en ayant soin
de serrer autant les entre -nerfs que
les chaînettes ; cette partie est tou-
jours trop négligée, car on ne prend
pas la peine d'appuyer avec Tai-
guille sur chaque côté des ficelles
et à chaque cahier j sans cette pré-
caution le volume sera toujours
plus mince des deux bouts que du
milieu , 9^ttendu que le point de
chaînette serre toujours assez les
deux bouts.
Le livre bien cousu , on coupe les
ficelles , on les détortille et on les
ratisse seulement j dans cet état on
i4
(IIO)
frappe le dos du livre sur la table
pour le bien dresser^ puis on le
place à plat sur la table , entre deux
ais entre deux , que Ton a soin de
mettre bord à bord du dos du livre
en le tenant bien droit; il faut sur-
tout éviter de laisser creuser, ar-
rondir, ou gauchir le dos. Après
avoir pris toutes ces précautions,
on a de la colle de flandre très-
chaude , même bouillante , dont on.
imbibe le dos du volume , autant
qu'il peut en entrer, on frotte le
dos avec le pêne du marteau pour
écraser un peu les cahiers et finir de
les dresser. On retire le volume
d'entre les ais, et quand il est à
demi-sec, on arrondit le dos avec le
marteau, en posant le livre à plat
sur la table, la gouttière du côté
( 111 )
de PouTrier , ayant le pouce contre
la gouttière ^ et les doigts sur les deux
côtés du mors que l'on veut tour-
ner, frapper légèrement avec le
marteau et tourner le volume pour
en faire autant sur l'autre mors ,
ayant bien soin de ne pas lefe écra-
ser avec le marteau. Le dos suffi-
samment arrondi, on met le volume
en presse entre deux membrures
ferrées , ayant soin de laisser saillir
les mors de la hauteur de l'épaisseur
des cartons , préalablement on me-
surera la hauteur des mors sur l'é-
paisseur des cartons destinés au vo»
lume. Le dos bien dressé, les ais
bien dégauchis , on serre le tout
dans la presse, pour ensuite frapper
le dos avec le marteau , afin de l'ar-
rondir et de former les mors bien
( iiO
carres et également de chaque côté :
on ne retire le livre de la presse à
endosser que pour le mettre dans
la grande presse entre deux ais à
dresser afin d'aplatir le yolume;
il doit y passer cinq à six heures»
En retirant les livres de la presse ,
on épointe les ficelles à la colle, on
passe en carton en serrant suifisam-
ment. Les livres cartonnés, on en
forme un paquet dans la presse à
endosser , et Ton apporte les mêmes
soins que pour la précédente en-
dossurcj seulement on ne se sert ni
de pointe, ni de grattoir 5 puis on
encolle les dos.
ARTICLE XIX.
Mettre les Dos en colle*
Le paquet pr^éparé , on imbibe le
(n3)
dos de colle forte ( * ) bien chaude ^
et autant qu'il en peut entrer sans
en laisser couler entre les ais , ni
par les bouts du volume : alors on
frotte avec le grattoir en Tinclinant
un peu , de manière à bien dresser
les dos et à ne pas les écorcher , car
en tenant le grattoir trop droit on
déchirerait les cahiers et on enle ve-
rait les fils : cela fait on imbibe de
nouveau avec de la colle et on re-
gratte, puis on pose une légère
couche de colle et on la frotte de
suite avec une poignée de rognures
( * ) Cette coUe se prépare au bain marie en
faisant fondre dans un litre d^eau, une demi-livre
de bonne colle de flandre concassée ; il faut quatre
beures pour la dissoudre entièrement. On y ajo»*
te trois à quatre gousses d^ail, un peu ayant de la
retirer du feu. Lorscpe cette colle est trop forte,
on p^t y ajouter de Teau.
("4)
de papier txès-doux. Ce frottement
sert à nettoyer et à unir le dos ; on
redresse et on relève ensuite les mors
avec un plioir dont on fait passer
le bout sur Tais en relevant le der-
nier caliier qui quelquefois se trou-
ve trop écrasé. On ne peut apporter
trop de soins et de précautions à
cette opération, puisque c'est d'elle
que dépend en grande partie toute
la grâce d'un livre.
Le dos dans cet état, on colle des-
sus et à la colle d'amidon ( * ) un
( * ) On délaye à l'eau froide jusqu'à la consis-
tance dHxne forte bouillie, une demi-livre d'amidon
blanc, puis on ajoute peu-à-peu un litre d'eau bouil-
lante en remuant constamment pour empêcher
Famidon de se grumeler et afin <|u'il soit cuit par-
tout. On ajoute pendant que la bouillie est eneore
cbaude, gros comme deux œufs de colle de flandre
déjà fondue, mais en gelée, puis on continue de rca*
muer afin de bien incorporer la colle à l'amidon.
Cette colle ne s'emploie qu'à froid.
("5)
papier gris bien uni et Ton a soin
de le bien faire prendre sur les
mors de manière à ce qu'il ne fasse
qu'un même corps avec le dos.
Lorsque les dos sont à demi-secs et
que le papier collé dessus n'est plus
susceptible/ d'être déchiré, on rabat
avec un petit marteau les inégali-
tés qui pourraient encore s'y trou-
ver et on les unit en les frottant
avec un plioir ; on peut ensuite
avec les mêmes précautions , coller
sur le dos une seconde feuille de
même papier qu'on laisse sécher j
ensuite on détache le paquet, on
sort les livres d'entre les aïs , pour
déchirer les faux onglets , nettoyer
les mors , couper les fils qui les te-
naient et ôter la colle qui aurait pu
y séjourner. On encolle delà même
( ii6 )
manière les livres endossés à Tan-
glaise ; seidement pour les livres à
dos brisé , on met peu de coUe et
presque froide.
ARTICLE XX.
Gardes de couleur et de moire,
manière de les placer.
Cette opération n'estpas difficile ,
mais n'exige pas moins de grandes
précautions ^ car des gardes bien
placées donnentdu jeu et de lasou-
plesse aux mors ^ ainsi qu'on peut
s*en convaincre lorsqu*un livre est
relié : on le prend en gouttière par
les feuilles, et en laissant tomber
les cartons ils se touchent de suite^
tandis que si les gardes sont mal
placées (ce qui arrive très-souvent),
il est presque impossible d'où vrlrles
( 117 )
cartons , et les premiers et deraîej»
cahiers s'arrachent avec le3 gardes*
Quand les livres sont endossés et
les mors nettoyés., on encolle à la
colle d'amidon, environ jde 6 lignes
de large, le côté de la garde de cou-
leur qui doit être contxe la, garde
blanche , ensuite on la place dans le
mors et on Tenfonce avec un plioir
jusqu'à ce qu'ellesoitde niveau avec
le mors et qu'elle en prenne bien la
forme, les deux gairdesainsiplacées,
on achève de les coller contre la
garde blanche; on doit mettre peu
de coUe, on ferme les cartons poux
appuyer contre, et Ton donne de
suite un hou. tour de presse au vor
htme qu'on retire à l'instant ^ pour
détacher avec soin les cartons qui
pourraient ^ trouver pollés ea
z5
( ii8 )
mors , on ouvre aussi la garde de
cotdeur afin qu*elle ne. sèche pas
dans cet état , car la couleur s*écor-
<îlierait: cela fait, on referme les
cartons et les gardes afin qu'elles ne
se grippent pas en séchant trop vite.
Quand on met les gardes en nroire
eu eai^tbis^les mors doivent être en
maroquin paré très -mince et de
même couleur que celui qui doit
couvrir le volume j si c'est du veau
on met les mors de même : On place
les mors enmaroquin ou veau avant
de coller la moire et avecles mêmes
précautions que pour les gardes dé
couleur, on fiera sûr d'avoir un mors
bien souple et bien caorré. ("*").
■■»-. ..*.
i * ) Surtout si on a pris la précaution de col'
1er en dedans des cartons, avant dé 'cartonner les
livres , du papier très-mince que :d^on replie en
(»9)
La moîre que Ton destine aux gar-
des doit être préalablement collée
à la colle de poisson sur un pa-
pier très-mince , on laisse sécher ,
puis on la coupe à la règle du côté
du mors , ensuite on la colle contre
les gardes blanches ( * ) de maniè-
re à laisser voir dans le mors deux
s
dehors du côté du mors , ce qui le rend bien carré
«t fait que le carton ne s^émousse pas en couvrant
le volume.
( * ) Les gardes de moire doivent être collées à
la colle de poisson que Ton prépare ainsi : on con*
casse trois fers de colle de poisson qu'on fait dissou-
dre au bain marie , dans la quantité d'un cinquià"
me de litre d'eau : il faut remuer souvent afin de
faciliter la dissolution , et empêcher la gélatine de
s'attacher au fond du vase. Cette colle s'employe
médiocrement chaude , et il fout toujours s'en ser-«
vir pour coller sûr du veau de couleur ou du ma-
roquin. Pour les papiers seulement, on peutrem-»
placer la colle de poisson par celle de flandre.
( 120 )
lignes de maroquin ; la partie de
la garde qui doit être contre le car-
ton ne se colle que quand le volu-
me est prêt à être doré.
ARTICLE XXI.
En rognant un livre il faut luî
laisser le plus de marge possible.
La marge de tête doit être plus lon-
gue que celle de gouttière , et celle
de queue doit être d'un tiers plus
longue que la marge de tête. Pour
rogner eh gouttière on prend mesu-
re sur les premières et dernières
feuilles, si Ton se fixait sur celles du
milieu on rognerait trop j quand on
rogne la gouttière on doit avoir des
ais très-étroits et épais : alors avec
les deux ais, on prend le livre par
le devant , on laisse tomber les car-
( 121 )
tons en dos en ayant bien soin que
Tais de devant soit bien juste au
niveau des deux traits qu'on a faits
en tête et en queue pour rogner la
gouttière. L'ais de derrière doit être
plus élevé que celui de devant pour
pouvoir rogner contre , on tient le
tout avec la main gauche, puis avec
la main droite on ballotte légère-
ment le volume pour faire remonter
les feuilles du milieu, jusqu'à ce que
les traits tracés en tête et en queue
forment bien le demi-cercle ; alors
on s'assure que la gouttière n'est
pas gauche, puis on met le volume
en presse pour le rogner en ayant
soin de ne pas déranger les ais
qu'on tient aux deux extrémités
avec l'index et le pouce de chaque
main qui servent à guider le volu-
( 122 )
me jusqu^à ce qu'il soit assez en-
foncé pour que Tais de devant se
trouve à fleur de la jumelle de la
presse, alors avec la main gauche
on maintient le livre dans cet état
pendant qu'on serre la presse avec
l'autre main : on rogne le volume ,
on le sort de la presse , on le prend
par le dos , les cartons ouverts , et
pour détacher les feuilles, on frappe
à plat le bord de la gouttière sur
la presse, ensuite on rabaisse» en
laissant la châsse du devant d'un
quart plus large que celle de tête et
de queue.
ARTICLE XXII.
PRÉPARATION DES COULEURS POUR LA TRAHGHE.
Jaune citron.
On employé pour cette couleur
%
(11.3)
de l'orpin jaune minéral ou du jau-
ne de.crôme, ce dernier est préfé-
rable.
On broie très-fin deux onces de
jaune avec une quantité suffisante
de colle d'amidon très-claire , ou
mieu^ avec de la gomme adragantej
evant de broyer la couleur, on y
ôjoute une petite quantité de savon
râpé, ensuite on délaye le tout dans
une suffisajate quantité d'eau acidu-
lée par un 5o™®. d'acide nitrique.
Cette couleur se conserve assez bien
dans une bouteille j pour s'en servir
il suffit de la met^e assez claire pour
que la. première couqhe couvre k
peine la tranche, quand elle est sè-
che on en donne une seconde qu'on
laisse également sécher, puis une
troisième. Cette tranche peut rester
( 124 )
unie, ou bien être jaspée de bleu
ou de rouge, celui-ci se fait avec
du vermillon et se prépare comme
le jaune.
Bleu.
On pulvérisé le plus fin possible
deux onces de beau bleu de prusse,
on le délaye dans un. vase vernissé
avec un cinquième de litre d'esprit
de sel fumant j alors le bleu a la
consistance de crème ," on y ajoute
une pincée de sel ainmoniac qu'on
y fait dissoudre, puis on laisse repo-
ser une heure» Pour se servir de
cette couleur , on fait dissoudre
dans de l'eau une once de gomme
âdragante, cette golnme se gonflant
beaucoup, il faut la remuer souvent
et y ajouterdereaù^ qtiandla gom-
me est bien dissoute on la jette sur
< 125 )
un tamis pour la .passer au clair,
on prend du bleu la quantité né-
cessaire et on rëclaîrcîf avec la
jgomme ainsi prépàfë*é j ce bleu ne
é'employe guères que pour jasper.
Cette çpulçur seit^it par. le mé-
iapgp du I^leu et 4ur j^ijnej^en jas-
pant ces trois couleurs séparémeAt
on obtient différentes nuances.
Lorsqu'on est disposé à marbrer
pour 4^0 volumeis, on fait dissou*
dre d'avance dans^un; vase propre,
troiâ onces de gomme adragante
dans un demi^seau d'eau ^ et on a
soin de remuer deux à trois fois par
jourpendantl'espacede cinq jours.
16
( ^^6 )
Préparation dujîel de bœiif.
On bat un fiel de bœuf dans par-
• « 1**1 »•
lie égale d'eaji, on ajoute à ce mé-
lange du çampKre gros comme une
noisette , qu'on a fait dissoudre pré-
alablement dan^ vingt -cinq gram-
mes d^ésprit de vin ^ on bat lé tout
ensemUe, et où'ie jpasse au filtre de
papier.
Préparation de la cire a broyer
les couleurs à marbrer.
On fait fbndrè de là- cire jaune
dans un vase vernissé} la cire. étant
fondue , on la retire dtt feu , etpn j
incorpore en remuant une suffi-
sante quantité d'essence de t^ré-p
benthine pour tenir la ;cire en
consistance.de miel : pour s'ateuîer
de son épaisseur, on éii fait refroidir
/
( 127 )
une goutte sur l'ongle^ si elle est
trop épaisse on ajoute de T essence •
Le fiel et la cire ne se préparent
que le jour où Ton veut marbrer,
ou tout au plus la veille, car l'un et
l'autre se gâtent.
Choix des couleurs.
Le jaune de Naples doit être
choisi d'un grain très -fin et très-
doux en l'écrasant entre les doigts;
le jaune doré se fait avec la terre
d'Italie naturelle \ les divers bleus se
font avec l'indigo flore j pour le rou-
ge , on se sert de laque carminée en
grains } pour le brun , on prend la
terre d'ombre j pour le noir, on se
§ert de jioir d'ivoire j le blanc ne se
fait qu'avec le fiel. La plus belle
tranche et qui peut se varier à l'in-
(ia8)
fini y se fait avec Tindigo flore , la
terre d'Italie et la la^ne carminée.
Pour marbrer snr tranche , on doit
prendre les ocres et les couleurs
tirées des végétaux , il ne faut Ja-
mais employer à cet usage les cou-
leurs tirées des minéraux,
TréparatioTi des couleurs à
marbrer.
Toutes les couleurs se broyent le
plus fin possible sur un marbre,
avec de la cire, de Peau et une
goutte d'esprit de vin; les cotiléxu'S
doivent être broyées à l'épaisseur
d'une fierté bouillie , de manière à
ce (Qu'elles tiennent sur le couteau
à broyer j toutes lès couleurs broyées
•
se mettent séparément dans des pots.
( 129 )
Marbrure.
Quand on est prêt à marbrer , on
dispose la gomme en y ajoutant
gros comme une noisette d'alun de
roche pulvérisé , on Téclaircit avec
de l'eau, on la bat bien, ensuite
on là passe au tamis, puis on la met
au baquet.
Four s'âssurér de la force de la
gomme , on prend un peu de cou-
leur, on l'éclaircit avec du fiel de
tœuf préparé , et on en jette une
goutte sur la gomine, si elle s'étend
bien et qu'eu la tournant avec lé
doigt elle forme bien la volute sans
se brouiller , la gomme est assez for-
te; si la couleur iie tourne pas, la
gomme est trop forte j il faut alors
réclaircir avec de' l'eau, la battre d^
( i3o )
nouveau et la passer au tamis. Dans
le cas où la couleur s'étendrait trop
et qu'elle se brouillerait, il faut
renforcer la gomme avec celle qu*on
aura conservée à cet effet.
La gomme étant bien préparée,
on colle toutes les couleurs au fiel
de bœuf préparé, de manière à ce
qu'elles ne soient pas trop liquides,
plus il y a de fiel, plus elles s'éten-
dent sur l'eau : par exemple le rou-
ge qu'on jette presque toujours le
premier sera moins collé que les
autres, et la couleur qui se jette
dessus un peu plus , è t ainsi de suite .
Toutes les fois qu'on jaspe une cou-
leur sur une autre , la première est
repoussée par la dernière , et celle-
ci tiendra toujours le plus d'espace;
plus le nombre des couleurs sera
graiid, plus* la ^ première jeté^ Sera
resserrée et brillante j quand on a
jaspé sûr la gonxme qui est danâ Iç
baquet toutes les couleurs dont oïi
^eut faire un marbre , on prend d^
six :à Bruit, volumes, on les serre
^ntre les deux niains, puis on les
plonge dans le baquet, d'abord la
gouttière , puis un côté , ensuite
l'autre*
' Four faire le rriarbre :ϔl de per-
drix, on jaspe i^. la lacqiie, 2^#Jl^
terre d'Italie, 3®. Pindîgo flore ;r4^
l'indigo flore j pet indigo est le mê-
me que le précédent, seulement on
à eu soin d'en mettre dans un pot
réparé , afin de le coller au fiel plufe
que l'autre j avant de le jasper on
y ajoute deux gouttes d'essence de
térébenthine qu'on remue ^blen.
( i3a )
puis on jaspe. C'est ce bleu qui reflk
serre toutets les autres couleurs eH
ikit ce bleu clair pointillé ; Pessence
de térébenthine a seule la proprié-
té de produire cet efifet, on peut
en incorporer également dans Itour
<tes les autres couleurs qu'cm vou-
drait jeter les dernières , autrement
4'essence, serait sans effet ( "*" ).
On peut varier à l'infini les mar-
bres sur tranches y cela dépend .du
rang qu'on donné aux CQuieuf s en
» v » k .
^* ) La, réussite en marhrant dépend du 8QÎn
que Ton met a broyer les couleurs , et de^-pinceaul^
•îlont on se'sert. On ksjEaitjaTec «nriron one centai*
;^e4ebiinsdesoied& ftofc, on doit la 4;hoisir la
plus longue possible : pour faire Içs mai^clies des
pinceaux , on prend des osiers de onze ponces de
long, et enTxron deux lignes .de ^diamètre : on lie
les soies à rextrémité la plus mince du mauclie . et
on a soin que les soies ne se touchent pas , afin qnt
rela ressemble plutôt a un balai qu'à un pinceaa.
( i33 )
les jaspant et de la plus ou moins
grande quantité de nuances.
Toutes les tranches étant bien
sèches^ on doit les brunir à Tagate.
ARTICLE XXIII.
DORURS SUR TRANCHES.
Tranche unie.
La dorure sur tranches demande
de grands soins et une extrême
propreté; pour dorer on commen-
ce par la gouttière, puis la tête et
ensuite la queue j la première opé-
ration se fait en rognant le volume,
ayant de le sortir de la presse on
donne à la tranche avec un pin-
ceau une bonne couche de décoc-
tion de safran ("*"): cette couleur se
( * } On fait houiUir ^ans la quantité d^un
17
( ï34 )
met sur chacun des côtés du livre à
mesure qu'on le rogne et ayant de
desserrer la presse , afin que la cou-
leur ne pénétre pas trop ayant,
ce qui pourrait tacher les marges
du liyre. Quand la tranche est bien
sèche 9 on la serre entre deux ais
étroits dans la presse à endosser, en
ayant soin que la gouttière penche
un peu du côté de la queue et les
bouts du côté du dosj cette pré-
caution est nécessaire afin que la
composition qu'on met sur la tran-
che ait son écoulement dans un sens
à ne pouvoir rien gâter j la tranche
verre d^eau , une bonne pincée de safran gatinois;
quand il a bouilli quatre à cinq t ours , on retire du
feu , puis on y ajoute gros comme une noisette,
d'alun de roche pulvérisé , et de la crème de tartre
gros comme un pois : cette décoction s'employe .
médiocrement chaude.
( i35 )
étant dans cet état, on la gratte ( * )
pour la dresser et l'unir parfaite-
ment de manière à ce qu'on n'ap-
perçoive aucune inégalité ( ** ).
La tranche étant ainsi grattée, on
la brunit parfaitement à Tagate,
puis on lui donne successivement
trois ou quatre couches de jus d'oi-
gnons( "*"** ) qu'on frotte de suite for-
( '^ ) Le grattoir dont on se sert est une lame
dVcier d'un quart de ligne d'épaisseur , d'un pouce
de large et de trois à quatre pouces de long ; il doit
avoir une de ses extrémités ronde et l'autre carrée :
pour que ce grattoir coupe bien il faut le repasser
très-vif aux deux extrémités , afin de pouvoir lui
retourner le fil avec une pointe d'acier.
( ** ) Lorsque la tranche est grattée , il faut soi-
gneusement éviter de la toucher avec les doigts, ce
qui la graisserait et empêcherait l'or de tenir.
( *.** ) On pile dans un vase plusieurs oignons
blancs , et pour en exprimer le jus on les tord en*
suite dans un linge de grosse toile.
(i36)
tement et jusqu'à sîccité avec une
poignée de rognures bien douœs ,
on reconnaît qu'elle est assez frottée
quand elle fait bien glace partout
et qu'elle est d'un beau brillant ,
c'est alors que la tranche est prête
à recevoir la mixtion ( * ) pour
faire attacher l'or. Cette mixtion
se pose avec un blaireau plat de
poils de rat ou en cheveux, on
donne d'abord une première cou-
(*) Mixtion. On bat un blanc d^œuf dans deux
fois son volume d^eau où Ton a mis préalablement
sept à buit gouttes d^esprit de vin ; il faut que ce
mélange soit battu avec une fourebette de bois ,
jusqu'à consistance d'œufs à la neige : on le laisse
reposer , puis on passe au travers d'un linge très-
fin la liqueur qui s'est précipitée au fond du vase.
Cette mixtion peut se garder quelques jours,
niais il faut la passer au travers d'un linge cbaqup
fois qu'on veut s'en servir.
(^37) .
che qu'on laisse sécher, puis on la
frotte légèrement avec des rognu-
res douces, ensuite on souffle sur la
tranche afin qu'il n'y reste aucune
ordure } après cela on donne une
seconde couche de manière à ce que
la mixtion couvre toute la surface
de la tranche et fasse glace partout,
puis on pose à l'instant l'or avec
une bande de papier ou de carton.
Il faut surtout en posant la mix-
tion éviter de passer plusieurs fois
le pinceau sur la même place , cela
ferait faire des bulles et l'or ne s'at-
tacherait pas dans ces endroits : la
tranche dans cet état doit sécher
environ cinq à six heures pour être
brunie à l'agate ; on connaît que
la tranche est assez sèche quand
l'or a pris une teinte uniforme et
( 138 )
qu'D brille partout également j alors
on pose à nud et sur toute la sur-
face de la tranche le gras de Tavant-
bras pour amortir l'or , afin que le
brunissoir glisse plus facilement.
Pour brunir , il faut passer Tagate
en travers de la tranche , appuyer
très-légèrement et suivre bien éga-
lement afin de ne pas nuancer ni
écorcher Tor j quand l'agate a par-
couru ainsi toute la surface, on
passe très-légèrement sur la tranche
un linge très-fin et légèrement en-
duit de cire vierge, après on re-
commence à brunir en travers et
d'un bout à l'autre en appuyant un
peu plus fort, et ainsi de suite plu-
sieurs fois jusqu'à ce que la tran-
che soit bien claire et qu'on n'ap-
pçrçoive aucune onde faite par l'a-
( i39 )
gâte , ensuite on retire le livre de
la presse pour en faire autant en
tête et en queue.
Dorure sur tranches antiquées.
Cette dorure est la même que la
précédente. Quand la dorure est
brunie, avant que de sortir de
presse le volume , on donne leste-
ment une couche de mixtion, en
évitant de passer deux fois sur le
même endroit, ce qui détacherait
l'or : on laisse sécher puis on passe
sur la dorure un linge fin légère-
ment imbibé d'huile d'olive pour
pouvoir appliquer de l'or d'une
autre couleur que celui qui a servi à
faire la dorure du fond, puis on
pousse à chaud des fers qui repré-
sentent divers sujets.
( Ho )
Dorure sur tranches damassées.
On suit pour cette dorure les
mêmes procédés que pour la pre-
mière, seulement on ne la brunit
pasj la tranche étant dorée , on la
marbre au baquet à deux couleurs
seulement, i*^. On jette du bleu
beaucoup plus collé au fiel que
pour les tranches ordinaires j 2^.
le même bleu, mais encore plus col-
lé et dans lequel on a mis une gout-
te d^essence de térébenthine. Ces
deux couleurs doivent être imper-
ceptibles sur Torj quand les trois
côtés de la tranche sont marbrés,
on laisse sécher et Ton brunit en y
apportant les mêmes précautions
que pour la tranche dorée unie.
( Ml )
Dorure sur tranches à paysages
transparens.
Quand le livre est rogné , sans
avoir mis de safran, on gratte par-
faitement la tranche, on donne plu-
sieurs couches de jus d'oignons
qu'on laisse sécher et l'on frotte
avec des rognures douces , on reti-
re le livre de la presse , puis on le
lie fortement entre deux planches
de même grandeur que le volume
et de manière à ce que la tranche
soit à découvert du côté de la gout-
tière } alors on dessine à la mine de
plomb sur la tranche un sujet
quelconque, on le peint ensuite
avec des couleurs liquides ( * ) afin
qu'il n'y ait pas d'épaisseur.
{ * ) Les encres de couleur, excepté la gomrae-
gutte , sont bonnes pour ce genre.
18
\
\
(,40
Comme la peinture est recouver-
te par la dorure on ne Tapperçoît
qu'en courbant les feuillets , aussi
doit-on avoir soin de dessiner les
objets un peu courts afin qu'ils aient
toute leur extension par la courbure
de la tranche ; lorsque les sujets
sont peints, on détache le volume
et on le laisse sécher pour le remettre
en presse entre deux ais afin de
pouvoir le dorer : quand la tranche
0st bien serrée on la brunit, puis on
donne la couche de mixtion , et on
prend pour le reste les précautions
indiquées pour la première dorure.
ARTICLE XXIV.
Mettre les Signets.
En mettant les signets , on doit
avoir soin de ne pas trop ouvrir le
(143)
livre, on laisse passer en tête le
bout du signet environ de six li-
gnes afin de le coller sur le dos , on
remploie l'autre bout dans le livre
pour qu'il ne se souille pas et on
enveloppe la tranche avec une feuil-
le de papier pour la garantir quand
on couvre le volume j il est bon de
prendre cette précaution pour tou-
tes les tranches et de les brunir
avant de couvrir.
ARTICLE XXV.
t
Faire les Mors^
On coupe les coins des cartons
en dedans^ en tête et en queue : pour
bien faire les mors il faut s'y pren-
dre à deux fois: i°. avec le couteau
à parer on coupe l'angle du carton
de là longueur de la chasse; '2P. on
(M4)
donne un second coup pour enle-
Ter un demi-quart de ligne dans le
mors et de la longueur du yeau que
Von remploie.
ARTICLE XXVI.
De la Trojichefile.
La tranchefiïe ne donne aucune
solidité au livre j elle ne sert qu'à
mettre le dos de niveau au carton
qui fait chasse aux deux extrémités
du volume, autrement rien ne sou-
tiendrait le veau ou maroquin dont
on se sert pour couvrir, et ils fe-
raient un mauvais efîet : c'est pour-
quoi on tranchefiïe, et comme ce
travail se voit, il Êiut le faire propre-
ment et le soigner à proportion du
luxe de la reliure.
Pour des ^reliures simples on se
( U5)
sert de filoselle de deux couleurs ^
et pour les reliures soignées on prend
de la soie et quelquefois des fils
d'or et d'argent j on tranfchefile sur
ydes noyaux de carton ou de par-
chemin , plusieurs ouvriers font des
tranchef iles doubles sur des noyaux
ronds, les doubles ne sont pas plus
difficiles à faire que les simples : je
conseille ces dernières sur des no-
yaux plats, elles sont plus solides et
font un meilleur effet.
On prend une feuille de carton
plus ou moins épaisse suivant la
grandeur des livres qu'on veut tran-
chefiler, on colle à la colle d'a-
midon, des deux côtés de ce carton,
du parchemin très-mince, on le
laisse sécher, puis on coupe des ban-
des assez étroites pour faire la liau-
( i46)
tenr de la chasse des cartons , alors
on prend deux aiguillées de filo-
selle ou de soie, on les enfile dans
deux aiguilles ordinaires^ et Ton
feit auprès de la tête un petit nœud
à. boucle pour empêcher qu'elles ne
puissent sortir des aiguilles ; on atta-
che ensemble les deux autres bouts
des soies, on baisse les chasses du
livre, on le met en bout dans la
presse à tranchefiler de manière à
ce qu'il ne soit serré que par la
gouttière : alors on pique une des
aiguilles entre les cinq à six pre-
mières feuilles de la gauche, près
du carton etpar-dessus là chaînette,
on fait sortir l'aiguille par le dos
du livre et on la tire jusqu'à ce que
le nœud qui tient les deux soies en-
semble se cache en dedans des ca-^
( Mz )
Kiers du volume et serve à faire
le premier arrêt : alors on ramène
le fil de soie par-dessus la tête en
dos , pour piquer une seconde fois
l'aiguille entre les feuilles à peu près
au même endroit où l'on a déjà pi-
qué^ faisant sortir l'aiguille par le
dos, mais on ne la tire pas tout à fait
afin de laisser une petite boucle
sous laquelle on passe la tranche-
file en carton , on serre la soie de la
main gauche ( * ) , et la tranchefile
est assujettie j avant de la mettre en
place on la courbe entre les doigts
pour lui faire prendre la rondeur
du dos du livre, on prend de lor
main droite la soie rouge qui pend
( * ) Pour me faire mieux comprendre, je sup-
pose que j^ai pris de la soie blanche et rouge et qu«
j^ai pique Taiguille de soie blanche la première.
( M8 )
à la gauche du volume et sur le car-
ton , on la fait passer de la gauche
à la droite, en croisant par-dessus la
soie blanche , on la passe entre les
feuilles du livre et la tranchefîle en
carton pour l'entourer, passant par-
dessus la tranchefîle on amène lasoie
vers le côté droit du carton , et l'on
serre de manière que le croisement
des deux soies touche la tranche ;
il faut pour la soie blanche répéter
la même opération que pour la
soie rouge: ainsi de la main droite
on prend la soie blanche qui pend
à là gauche sur le carton, on la fait
passer en croisant sur la soie rouge,
puis on la passe sous la tranchefîle ,
entre les feuilles et la tranchefîle on
amène la soie vers le côté droit du
carton, prenant ainsi alternative-
(M9)
mentrune et Tautre soies et les croi-
sant toujours de la gauche à la droi-
te , en passant sur la tranchefile on
finit par arriver au côté droit du
iivrej maisavant d'en être là, quand
on a fait un certain nombre de
points croisés, il faut faire une pas-
se en pi(juant l'aiguille entre les
feuilles, une fois seulement, ces
passes donnent du soutien à la tran-
chefile et lui font prendre plus ex-
actement la courbure du dos. On
en fait plus ou moins suivant l'é-
paisseur du livre, ordinairement
pour un in-octavo on fait huit
points de passe ; quand on est arri-
vé au côté droit du volume, on fait
une dernière passe en piquant deux
fois l'aiguille comme on a fait en
commençant, ensuite on fait un
19
(i5o)
noeud pour arrêter la soie que Von
coupe ainsi que les bouts de la tran*
chefil^ en carton qui débordent le
niveau des mors.
Lorsque les deux bouts du livre
sont tranchefUés on le met en pres*-
se entre deux ais absoltunent com^
me pour l'endosser , on serre for-
tement , puis avec un petit marteau
on écrase les fils de soie qui sont
sur le dos ainsi que les bosses qui
pourraient s'y trouver, on arrondit
bien les tranchefiles en suivant la
courbure du dos du livre, puis on
donne d'un bout à l'autre et y
compris les tranchefiles , une bonne
couche de colle de Ûandre un peu
chaude, en ayant soin cependant
que la colle ne passe pas entre la
tranchefile et le bout du dos, ce qui
( i5i )
ternirait la trajEiche et le dedans
de la trauchefîle qui doit être tenu
bien propre.
Lorsque la coUe de ilandre est
sèche y on colle sur le dos du livre
uxie bande^ de bon papier gris y de
manière qu'elle empoigne les deux
tranchefiles et ^ans dépasser les
mors : pour la solidité du dos on
peut coUer deux bandes Tune sur
l'autre en laissant sécher la première
avant de coller la seconde : le tout
étant sec^ on ôte le livre de presse
et Ton dégage les cartons qui se
trouvent tenus par la colle qui a
glissé entre les mors.
ARTICLE XXVIL
Battre les cartons.
Lorsque la tranche est envelop-
( i50
pée, on bat les cartons pour les éga-
liser sur répaissenr, les raffermir
et en redresser les bords.
Quand les cartons sont battus^ pour
donner de la force aux coins , on les
trempe le plus large possible dans
de la colle de flandre un peu claire
et bouillante, on les laisse sécher ,
puis on les bat de nouveau parce
que la colle a fait gonfler le car-
ton; on doit éviter de fi-apper trop
fort sur les coins, ces parties étant
susceptibles de s'amincir plus que
le milieu et de se couper très-facir-
lement par le marteau.
ARTICLE XXVin.
Mettre des coins de parchemin.
Ne pouvant donner trop de soli-
dité aux coins des cartons d^un
( 153 )
livre, lorsqu'ils ont été encollés et
battus, on les renforce avec du
parchemin que l'on colle à la colle
d'amidonj pour une demi-reliure
d'un in - octavo par exemple , on
prend une bande de parchemin de
vingt-quatre lignes de large sur
quarante-huit lignes de long , on
l'encolle entièrement du côté de la
fleur ( '•' ), puis on plie cette bande
en deux, colle contre colle, et on
la laisse environ dix minutes , afin
que le parchemin se pénètre par-
( * ) On doit toujours encoller le parchemin
du côté de la fleur , autrement il se collerait mal
et ne tiendrait pas ; c^est le contraire pour les ma-*
roquins, basanes, peaux yelins et veaux qu^il faut
encoller du côté de la chair ] la fleur étant le plu^
l>eau côté et le seul susceptible de recevoir les cou-
leurs et d'être poli. On appelle fleur du veau ou
de toute autre peau, le côté où était le poil avant
que la peau ne fut tannée.
( x54 )
faitement, ensuite on déplie la
bande de parchemin et avec le
pinceau on étend la colle qui y est
restée en tas ^ on replie la bande en
deux f puis avec des ciseaux on cou-
pe le pli sans séparer les morceaux)
ensuite on coupe ce carré d'angle
en angle afin d'en former deux
coins de mouchoir qu'on sépare
pour les coller : par ce moyen on a
de suite pour les quatre coins du
volume : c'est la meilleure manière
de mettre les coins de parchemin }
lorsqu'on les met en bandé droite,
les cartons se rompent plus facile-
ment. Pour une reliure couverte
entièrement de veau ou de maro-
quin, on ne prend que du parche-
min de quinze lignes de large:
quand les coins de parchemin sont
( «55 )
bien secs on les pare sur les bords
avec le couteau à parer, afin qu'on
ne seute pas d'épaisseur sur le car-
ton, cette épaisseur marquerait
toujours sur le yeau ou toute autre
couverture.
ARTICLE XXIX.
JDe la Couverture.
Les opérations précédentes ter-
minées, on peut couvrir le livre
soit en papier, parchemin, basane,
veau, maroquin, chamois, vélin,
velours., moire , satin , etc. Four les
reliures de luxe, les Parisiens pro-
diguent la moire , le satin et le vé-
lin : je préfère tout simplement le
veau et le maroquin ; avec cela un
habile relieur peut imir Télégance
à la solidité, et donner à un livre
( i56 )
précieux tout l'éclat dont il est
digne.
Préparation à faire à la basane
ou veau qu^on voudraitraciner ^
marbrer j ou mettre en couleur
unie.
On fait tremper le veau dans de
Teau bien claire, Tespace de dix mi-
nutes environ, on le retire de Teau
et on le plie en deux, fleur contre
fleur, pour l'empêcher de se ta-
cher et de se salir j dans cet état
on tord le veau pour en faire sortir
Teau , ensuite on le détord et on le
secoue bien, puis on Tétend sur une
table très-propre, en ayant soin
que la fleur soit en dessus , et que
par conséquent la chair touche la
table j on tire bien le veau tout au-
tour pour l'étendre et en effacer
( 1^7 )
les plis, alors on peut le couper en
morceaux selon les livres qu'on
veut couvrir : on pare les bords as-
sez minces et sans inégalités, afii»
que le livre étant couvert, on n'ap-
perçoive pas de bosses sur le champ
des cartons, le veau étant ainsi
préparé , on Tencolle à la colle d'a-
midon, puis ensuite on l'applique
6ur le volume.
En couvrant on doit observer de
mettre les chasses très-égales , de
bien faire coller le veau dans les
mors, de ne pas lui laisser faire de
rides ni de fronces sur le dos ni
eux les cartons, de bien coiffer la
tranchefile de manière à ce que la
coiffe soit bien au niveau des car-
tons, veiller soignei^ement à ce
que les coins soient bien fermés et
20
( 158 )
qtie Tangle soit vif et carré j îl
faut passer plusieurs fois en mors.
Le volume étant couvert on doit
le mettre dans un endroit chaud
ou à l'air, afin qu'il sèche promp-
tement; mais îl ne faut pas l'appro-
cher du feu, car cela ferait cam-
brer les cartons en dehors et ôteraît
à la reliure toute sa solidité , l'hu-
midité que donnerait la colle d'a-
midon qui a servi à couvrir et la cha-
leur du feu feraient fondre la colle
de flandre qu'on a employée à l'en-
dossure j outre cet inconvénient, le
veau en séchant trop vite se retira
dans les mors et empêche de fermer
le livre. Quelque soit le genre de
couverture , on doit y apporter les
mêmes soins, la reliure sans cela
serait imparfaite.
( i59 )
Le maroquin n'a besoin d'autre
préparation avant d'être collé que
d'être coupé de grandeur pour le
Uvre qu'on veut couvrir, paré
ensuite avec précaution et encollé
à la colle d'amidon très-épaisse afin
qu'elle ne pénètre pas trop avant ^
ce qui tacherait : du reste en cou-
vrant on prend les mêmes précau-.
tions. que pour le veau et la basane.
Préparation du veau ( * ) qt^on
destine à être mis en fauve.
.j
On choisit le veau le plus blanc
possible et sans défaut , surtout sans .
efïleurure : on le dégorge dans cinq
à six eaux claires, on le tord à cha-
'«i
( * ) On ne doit employer pour la reliure que du
veau en croûte très-mince ^ très-blanc , très-doux
•t Aouple à la main. - '
(1^6)
^tie fois pour le bien pui^r de sa
malpropreté, énsniteon feit fondre
à chaud dans unseau d'èau, une livre
et demie d'alun de roche concassé;
quand l^alun est fondu*, on laisse
refroidir Teâu de manière à pou-
voir y tenir la iliain , alors on y fait
trémpfer te véaHiqu^on a préàlablô-
iiient coupé de grandeur} il doit
reétei- dans c^ttè eau environ une
depii-heure,. on le retire, on le tord,
puis .on rétj??id sur la table avec un
plioir afin d'en faire sortir l'eau,
ùTi le cbupfe de îioùVeau s'il se trou-
ve trop grand', ce qui arrive sou-
'^ebt surtout: aux 'quàtté ccfinsqui
s'albh^éiit toujolirs un péù, on pare
lès bords du veàû et on met les
morceaux .^eûx; à deux, fleur contre
fleur, ou mieux, si l'on n'en a qu'un
(i6t)
morceau^ on le plie en deux, tou-
jours fleur contre fleur, et Ton met
entre une couche d'alun de roche
•pulvérisé, on le laisse environ une
heure dans cet état, puis on Pen-
coUe du côté de la chair et l'on
couvre avec célérité afin de tenir le
veau le moins possible ( * ).
Ce veau doit sécher plus vite
que l'autre : quand il est à demi-
sec , on repasse en mors, on arran-
ge la coiffe et on ouvre les cartons
pour donner du jeu, on les refer-
me pour finir de sécher.
C * ) Quand on couvre en moire , satin , vélin , ou
▼eau fauve, on doit placer sur la table o\i Ton couvre
un linge blaâc , poser le livre dessus et avoir uu
tablier blanc ; les anneaux des ciseaux dont on se
sert doivent être entoures d^une bande de toile afin
qa'èa. les' prenant aVéc les niains htfmidës , Tacide
ferrugineux ne reste pas après les doigtas, ce qui
tacberait le veau eu maniant le volume.
N
( i52 )
Le velîn et la moire n'ont d'au-
tre préparation que d'être tenus
bien proprement : on couvre d'a-
bord le volume avec du papier vé-
lin blanc, fort et bien collé, ensui-
te quand il est sec on colle dessus la
moire ou le vélin avec de la colle
d'amidon dans laquelle on a rem-
placé la colle de flandre par de la
gomme arabique? il Faut encoller
* la moire avec soin , autrement on
la tacherait : les précautions de
propreté senties mêmes que pour
le veau fauve. La moire ne se passe
pas en mors , mais pour qu'elle se
colle bien, 'quand le volume est
couvert, on l'enveloppe d'un linge
blanc et on le lie entre deux ais
bien propres, lorsque la moire est
à demi-sèche on délie les ais, on
(163)
en sort le livre , puis on le laisse sé-
cher entièrement.
ARTICLE XXX.
Lorsque le livre est couvert, on
Tembeliit par des racines , marbres
ou porphyres de diverses couleurs.
fEEPABATlON DES COULEURS QU'oN EMPLOIE
SUR VEAU OU BASANE.
Noir.
On fait bouillir dans une mar-
mite de fonte , deux litres et quart
de vinaigre rouge ou blanc, avec
une poignée de vieux clous et
gros comme deux nçix de sulfate
de fer ( ou vitriol vert ) j on fait
réduire aux deux tiers, en ayant
soin de bien faire écumer j on con-
serve ce noir dans la marmite en la
(i64)
tenant bouchée , il prend de la qua-
lité en vieillissant, et pour le renou-
veller il suiïït d'y mettre du vinai-
gre et de le faire bouillir et écumer:
ce noir s'emploie à froid.
Rouge ( * ).
Ob fait bouillir une demi-lîyre
de bois de brésil dans deux litres
et quart d'eau, on y ajoute un
quart d'once de noix de galle blan-
che concassée, lorsque le tout est
réduit aux deux tiers, on y ajoute
une once d'alun de roche pulvérisé
et une demi-once de sel ammoniac
également pulvérisé, on laisse jeter
un bouillon^ on retire du feu, et
l'on passe la couleur au tamis, on
( * ) Tous les rouges çlgivent se faire dans un
fiLaudron étamé.
/
%
( ï65 )
fe remet sur le feu pour remployer
bouillante.
Rouge fin.
On fait bouillir à grand feu et
jusqu'à réduction de moitié :
4 Litres et demi d'eau de rivière;
1 Livre de bois de brésil Fernam-
bouo }
1 Demî-once de noix de gaUe
blanche concassée.
On tire au clair, on remet sur le
feu , puis on y ajoute :
5 Onces d'alun de roche pulvérisé;
1 Once de sel ^pipipniac.
On laisse jeter un. bouillon pour
dissoudre les sels.
On ajoute à ce bain et suivant
la nuance qu'on désire, de la dis-
aï
ii66)
solution d'étain ('•'): on emploie
cette couleur presque bouillante.
Rouge écarlate.
On met dans un litre et trois
quarts d'eau bouillante, une once
de noix de galle blanche bien pul-
vérisée et tamisée j
1 Once de cochenille pulvérisée.
On fait jeter un bouillon^ puis
on y ajoute une demi-once de dis-
( '^ } Composition pour obtenir par la cochenille
des rouges écarlate et cramoisi Jin,
1 Livre d'esprit de nitre ( acide nitreux ) j
a Onces de sel ammoniac ;
6 Opcei d'étain fin d'Angleterre^ en copeaux ou
grenaille.
Ou met Fëtain et le sel dans un pot de grès ,
on y verse la onces d^eau, on ajoute Tesprit et on
laisse opérer la dissolution : cette composition peut
se conserver quelques mois.
I
( 1*^7 )
solution d'étain, ( Voyez la note
de la page 166, )
Cette couleur s'emploie chaude.
Couleur orangée^
On fait une bonne lessive avec
des cendres 9 on tire au clair ^ et
dans trois litres de cette lessive on
fait bouillir une demi-livre de bois
de fustet jusqu'à réduction de moi'
tië, et Ton ajoute une once de bon
roucouy dit riaucourt^ broyé aveo
la lessive susdite; on laisse jeter
deux à trois bouillons, puis onajou-
te un quart d'once d'alun de roche
pulvérisé , on tîre au clair et on
emploie cette couleur à chaud.
Jaune ( ''' ).
On fait bouillir dans trois litres
•" ' ■ I ' . ..,,11111.1 II ■ . I -
( * ) Cette couleur s^emploie aussi à froid 8U(
( 168 )
d'eau une demi-livre de gaiides ( la
graine est préférable à là feuille ),
on laissé réduii^ à moitié| on tire au
clair y puî$ on ajoute deux onces
d'alun de roche pulvérisé et une
once de crème de tartre , on reâiet
le tout sûr le feu pour faire ^etet
deux à trois bouillonis : cette cou-
leur s'emploie à chaud.
Violet.
On fait bouillir à grand feu dans
quatre litres d'eau , une demi-livre
de bois d'inde et une once de bois
de brésil, on laisse réduire à moi-
tié, on tire au clair, puis on remet
le liquide sur le feu en y aioutant
une once alun de Rome concassé
le papier et la tranche dis livres, en la golhmant
Ôvec de la gôinnïe arabique dii del^midon»
( »«9)
et deux gtammes tàftt^ de Mont-
pellier , on fait jeter un bouillon et
Ton emploie cette coideur à chaud.
Bleu*
On pulvérisé une once d'indigo
flore qu'on met dans un vase de
Verre , et Ton verse peu à peu sur
cet indigo quatre onces d'acide sul-
J)1iurique concentré j on remue ce
taelange pendarît quelque temps,
puis on le laisse reposer vingt-qua-
tre heures , on y ajoute alors une
lonce de bonne potasse sèche et ré-
duite en poudre finej on remue
bienle tout, on laisse encore reposer
vingt-quatre heures , après cela on
y ajoute peu à peu une plus ou
moins grande quantité d'eau, on le
met en bouteille au bout de vingt-
( 17^ )
quatre heures pour s'en servir au
besoin et avec modération. Pour se
servir de ce bleu , il faut Tétendre
d'eau plus ou moins selon la nuan-
ce qu'on désire. Cette couleur mê-
lée avec le jaune ci-dessus fait le
vert.
Quand on emploie ce Ueu il ne
faut prendre que la quantité né-
cessaire, et s'il en reste il faut le
tenir à part et ne pas le remettre
dans la bouteille, car il gâterait en-
tièrement celui qui y serait resté.
On n'emploie cette couleur qu'a-
vec des pinceaux de soie de porc ou
de sanglier, ou avec une plume.
Eau-forte.
L'eau-forte qu'on emploie dans
les marbres doit être mitigée avec
moitié de son volume d'eau.
( 17^ )
Fotasse.
On faît dissoudre à froid dans un
litre et quart d'eau une demi-livre
de potasse, que Ton peut au besoin
conserver dans une bouteille.
Eau à raciner.
On met dans un vase deux litres
d'eau claire et deux à trois gouttes
de la potasse susdite.
Brou de noix.
Vers la fin d'août on ramasse du
brou de noix ( écale verte qui en-
veloppe la noix ) > on pile ce brou
dans un mortier pour en exprimer
le jus , du tout on remplit im grand
Vase à pouvoir contenir quatre
seaux d'eau, on verse sur ce brou
"un peu d'eau salée, on remue bien
i
i
( ^72 )
pour faire macérer, puis on bouche
hermétiquement j un mois aprèç on
passe dans un tamis pour bien ex-
primer le jus qu'on met ensuite en
bouteille en y ajoutant un peu de
sel marin. Pour se servir de ce li-
quide il faut qu'il soit dans un état
de fermentation presque putride :
bien préparée, on obtient par cette
couleur les plus beaux bruns pos-
sibles clair ou foncé : elle ne cor-
rode point les peaux, elle les adou-
cît, et peut se conserver d'une
année à l'autre.
ARTICLE XXXI.
Marbrure en général.
Le moindre retard en marbrant
ou racinant, est toujours nuisible,
puisque la réussite dépend absolm-
( 173 )
ffiient d'ttne extrême célérité; on
doit donc disposer d'avance tout ce
àotût on peut ayoir besoin , tel que
coulerais ^ eau , potasse ^ eau-forte ,
éponges , pinceaux , tringles ^ etc.
Les pinceaux doivent être £dts
avec des racines de ris : il faut qu'ils
soient gros et longs, «^l'ils aient
plutôt l'air d'un foalaî que d'un
pinceau ^ et que le manclife soit en
bois dut*.
Pour raciner il faut deux tringles
^n bois de quatre à -cinq pouces de
large,ènviron un pouce d'épaisseur,
la longueur est indéterminée j ces
tringles se posent à plat sur deux
trétaux placés aux deux extrémités,
lin des trétaux doit être plus
élevé que l'autre d'environ trois
pouces.
22
.y
( ^74)
Pour marbrer il Êiut que les deux
tringles soient fixées à leurs
extrémités dans deux trayerses tail-
lées en fronton, afin que les tringles
forment le dos d'âne et qu'il y ait
entr'elles environ deux pouces de
séparation pour placer le volume ,
de façon que les cartons penchent
du côté de leurs bords en gouttière
environ de trois pouces et demi
pour un in-octavo :
Povr marbrer ou raciner on doit
placer le volume dans les tringles p
de manière que la tête soit, plus
élevée que la queue. L'éponge dont
on se sert pour ressuyer doit être
propre et humide , il faut avoir un
baquet d'eau pour la laver toutes les
fois qu'on s'en sertj cette précau-
tion est essentielle.
i
( 175 )
Chaque couleur doit avoir son
pinceau, autrement on ternirait.
On doit réserver le veau pour les
marbres de préférence aux basanes
qui sont toujours mieux racinées;
les marbres et les racines qui lui
conviennent sont le porphyre rou-
ge y les racines bois de noyer et bois
d'acajou ( * ). Tous les marbres et
racines font bien sur le veau, à
( * } On a quelquefois des hasanes qui ne
reulent pas se raciner , voici comment on peut y
remédier : avant dVncoller le livre quW veut ra-
einer, on lui donne une forte coucbe de décoction
de noix die galle dont la préparation se fait la
veille, dans la proportion dWe once de noix de gai-.
le pilée pour un litre dVau tiède ; le lendemain oa
pousse le feu jusqu'à ce que le bain soit au grand
bouillon pendant cinq à six heures , puis on Fem-
ploie. Du papier qui aurait reçu une ou deux coy-
çbes tièdes de ce liquide, pourrait èt^e racine OH
marbré comme le veau.
(176)
Pexception dn porphyre rouge qui
8e rapproche trop de la banane.
ARTICLE XXXII.
Racine bois de nojer.
Le livre couvert et sec , on ren"
colle ( "^ ) sur le dos et les plats
sans faire d'épaisseur y on. laisse se-»
cher^ puis on cambre les cartons
pour les creuser ou les arrondir,
cela dépend du sens qu'on veut
donner aux racines : par exemple
si l'on désire que leur centre soil
au milieu du livre, on creuse
les cartons; si au contraire on
Teut que les racines se réunissent
( * ) On délaye, en battant avec tm pinceau,
gros comme un œuf de colle d^amidon dans un
quart de litre d*eau.
( "^n )
^ur les bords I on bombe les cartons:
cela fait, on glaire , en ayant soinda
xie pas faire mousser la glaire ( ^ )f
puis on place le volume entre les
tringles à raciner , et avec un pin*
ceau on jaspe de Teau bien égale*
ment et à grosses gouttes sur toute
la surface du livre, et aussitôt qu'on
voit les gouttes se réunir, avec un
autre pinceau on jaspe du noir à
gouttes très-fines et partout bien
également, surtout n'en pas trop
jeter. Aussitôt qu'on voit les veines
se former, on cesse de jasper , on
laisse foncer les veines suffisamment
( '^ ) La glaire se prépare en battant douze blancs
d'ceuf dans un verre dVau , où IW a mis préala*
blement deux gros d'esprit de vin , puis on les tirt
au clair et on les consenre en bouteille au moine
un an.
(178)
et de suite on essuie à Téponge ; on
laisse sécher puis on serge ( * ), et
l'on noircit les champs et le de-
dans des cartons avec du noir éten-
du dans deux fois son volume d'eau.
Racine bois i^ acajou.
Cette racine se fait de même que
la précédente, seulement on doit
la laisser plus foncer et avant qu'el-
le ne soit entièrement sèche on lui
donne d eux à trois couches de rouge,
on laisse sécher, puis on serge , en-
suite on noircit les bords et le de-
dans des cartons. Par le même
( * ) Ayec un morceau de molleton blanc , on
frotte à sec le yolume pour 6ter les ordures et fon«
drées de couleur quis^ attachent en le marbrant ou
en le mettant en couleur; plus un livre est sergé,
plus il est brillant quand il est poli.
(179 )^
moyen on fait des racines de toutes
couleurs y il suffit pour cela de don-
ner avec la patte de lièvre une
teinte unie. Le bleu s'emploie
étendu dans moitié de son volume
d'eau.
Racine bois de citronnier.
Lorsque la racine est faite, avant
qu'elle ne soit entièrement sèche ,
on trempe une petite éponge com-
mune et à gros trousdans la couleur
orangée , on l'appuie légèrement
sur diilérens endroits des plats et
du dos du livre, ce qui y imprime
de petites taches ou espèces de
nuages très - éloignés les uns des
autres, puis de suite avec ime autre
éponge trempée dans le rouge fin ,
on répète ce qu'on a fait avec l'au-
< i8o )
tre couleur et dans les mêmes en-
droits : on laisse sécher pour donner
deux à trois couches de jaune ( * ),
on laisse sëcher, on serge, et l'on
noircit le dedans et les bords des
cartons j cette racine bien faite est
très-belle et très-recherchée.
Racine lavpe de buis.
On tord les cartons en cinq
Ou six endroits, on met le livre
entre les tringles à raciner , on jas-
pe de Teau à petites gouttes; du
reste on opère comme pour la ra-
tine bois de noyer : on laisse sécher
( * ) Pour doflnerunetehiteunieon se sert d^ona
patte tle lièvre , au ne ddit pas craindre de {yreodre
de la couleur , car il faut qa^elle coule en abondance
sur le livre, autrement elle ne pénétrerait pas
assez avant dans lé veau.
( i8i )
pnîs on met le livre entre les trin-
gles à marbrer, on jaspe de Teau
à grosses gouttes et aussitôt qu'elle
coule , avec la barbe d'une plume
on jette du bleu ( * ) par petites
gouttes en les rapprochant du côté
du dos afin qu'elles coulent avec
l'eau sur les plats, de manière que
le bleu forme des veines fines, irré-
gulières et écartées les unes des
autres: on laisse sécher, on essuie
avec l'éponge humide, puis avec
une petite éponge trempée dans
le rouge écarlate, on appuie légè-
rement sur difïerens endroits des
plats et du dos du livre pour y
former des nuages : pn laisse sécher.
( * )«Le bleti dont on' se sart pour cet usage
doit être étendu dans moitié de son volume d*eau.
23
( i8a )
puis on donne avec une patte de
lièvre, deux à trois couches* de
couleur orangée , on laisse séclier,
on serge et l'on noircit le dedans
et les bords des cartons.
Pierre du Levant.
On encolle le livre, on le place
entre les tringles à marbrer, puis,
sur toute la surface du volume,
on Jaspe ( * ) à gouttes larges du
noir étendu dans neuf fois son vo-
lume d'eau j aussitôt que les gouttes
se réunissent, on jette ( ** ) delà po-
tasse sur le dos par intervalle de
quinze à dix-huit lignes, en la je-
( '^ ) On jaspe avec un gros pinceau de racines de
riz.
( ** ) On jette avec les barbes de deux ou trois
plumes réunies.
( '83 )
tant on a soin de la rapprocher des
mors, afin qu'elle coule sur les plats
en se réunissant au noir, et de suite
pendant que la potasse coule , on.
jette de Teau-forte de la même ma-
nière, en observant de la jeter con-
tre la potasse, afin qu'elles se réu-
nissent sur leurs bords en coulant
ensemble, de manière cependant
à ce qu'elles forment chacune une
veine séparée mais fondue; on
laisse sécher le marbre , ensuite on
le lave à l'éponge, on laisse sécher
de nouveau , puis on serge.
Agate verte.
Ce marbre se fait comme le pré-
cédent, seulement on remplace la
potasse par du vert. Pour tous les
marbres, oti doit jeter le noir le pre-
( i84 )
mier , parce qu'il ne prendrait pas
sur les autres couleurs.
Agate bleue.
On opère comme pour la pierre
du Levant, seulement la potasse est
remplacée par du bleu.
Agatine*
On opère comme pour la pierre
du Levant, mais, immédiatement
après, avoir jeté Teau- forte sur tou-
te la surface du volume, on jaspe à
petites gouttes écartées Tune de
l'autre dii bleu étendu dans quatre
fois, son volume d'eau j on laissé
sécher le marbre, on le lave à l'é-
ppnge/on laisse sécher de nouveau,
puis ou serge.
Agate blonde.
Le livre encollé et placé entre les
tringles à marbrer, on jaspe du noir
à petites gouttes très-écartées, puis
de suite, sur toute la surface du vo-
lume^ on jaspe à grosses gouttes
rondes de la potasse étendue dans
deux fois son volume d'eau j du
reste on opère comme pour la pier-
re du Levant.
Caillùutagè.
On encolle le livre, on le place
entre les tringles à raciner , puis
sur toute la surface du volume, on
jaspe bien également à grosses
gputtes rondes du noir étendu dans
dix fois son volume d'eau, ayant
soin de laisser des intervalles de la
( i86 )
largeur des gouttes j on laisse sé-
cher à demi, puis on jaspe de mê-
me de la potasse étendue dans deux
fois son volume d'eau j on laisse
sécher, ensuite on jaspe à petites
gouttes rondes et bien également
sur toute la surface du livre du
rouge écarlatej on laisse sécher de
nouveau, puis on jaspe de même
de la dissolution d'étainj on laisse
sécher, puis on serge.
Pour ce marbre, les cartons, doi-
vent être bien de niveau , parce que
les couleurs ne doivent pas couler,
on laisse sécher, puis on serge.
Cailloutage veiné.
On encolle le livre , oh le place
entre les tringles à raciner, puis
sur toute la surface du volume, on
jaspe bien également et à grosses
gouttes rondes du noir étendu dans
deux fois son volume d'eau , ayant
soin de laisser des intervalles de la
largeur des gouttes environ j on
laisse sécher à demi, puis on jaspe
de même de la potasse étendue
dans une fois son volume d'eauj on
laisse sécher pour jasper de la mê-
me manière du rouge écarlate, on
laisse sécher, puis on met le livre
entre les tringles à marbrer pour
jasper sur toute sa surface du jau-
ne presque bouillant et à grosses
gouttes. Aussitôt que les gouttes se
réunissent, on jette sur le dos du
livre et à dix-huit lignes de dis-
tance, du bleu étendu dans trois
fois son volume d'eau : puis de sui-
te on jette de Teau-forte tout contre
( i88 )
le bicuy de manière à les faire cou-
ler ensemble sur les plats du livre .^
et à former des veines tortueuses
bien distinctes, on laisse sécher ^
puis on serge.
Cailloutage œil de perdrix.
On encolle le livre, on le met en»
tre les tringles à marbrer, puis sur
toute sa surface et de manière à la
Couvrir presque ei^tièremeot, on
jaspe à petites gouttes du noir étenr
du dans huit iois sonvolun^e d'eau;
aussitôt que le noir coule , on jette
sur le dos du livre et à distance de
quinzie lignes environ^ de la potas*
se étendue dans deux fois ^n vo-
lume d'eau j on a, soin de la jetet
près des niors afin qu'elle coule suc
les plats en se réunissant au noir ;
(189)
on laisse sécher , puis on lave le li-
vre à réponge, et pendant q[u*ilest
tocore humide, oh lui donne deux
à trois couches de rouge fin; on
laisse sécher, pui3 onserge. Ensuite
on met le livre entre les tringles à
raciner, puis on jaspe sur toute sa
surface , à grosses gouttes rondeô et
bien également parsemées, de la
dissolution d'étain; on laisse sécher,
puis on serge.
Porphyre rouge.
On encolle le livre, on le met
entre les tringles à raciner , puis on
jaspe sur toute la surface du volu-
me , à petites gouttes rondes et le
plus également possible, du noir
étendu dans huit foià son volume
d'eau 5 on laisse sécher, puis on
^4
( ipo )
serge. Ensuite on glaire le livre,"
on lui donne deux couches de
rouge fin, puis une de rouge écar-
latej on laisse sécher, on remet le
livre entre les tringles à racîner,
pour jasper sur toute sa surface le
plus également possible et à petites
gouttes de l'eau- forte j on laisse
sécher, puis on serge •
Porphyre œil de perdrix.
On encolle le livre, on lui donne
bien uniment deux couches de noir
étendu dans dix fois son volume
d'eau } on laisse sécher, puis on
serge. Ensuite on glaire le livre et
on lui donne deux à trois cou-
ches de rouge ; on laisse sécher, on
serge, puis on met le livre entre
les tringles à raciner, pour jasper
( >90
sur toute sa surface et à gouttes
rondes larges comme des lentilles,
de la dissolution d'étaînj on laisse
sécher, puis on serge.
Granit.
On encolle le livre, on le place
entre lès tringles à racîrier , puis
on jaspe à points très-fins , sur tou-
te la surface du volume, du noir
étendu dans cinquante fois son vo-
lume d'eau j on laisse sécher pour
recommencer de même cinq à six
fois, afin que toute la couverture
soit entièrement et également cou-
verte d'innombrables et impercep-
tibles taches ; on laisse sécher à de-
mi, puis on jaspe de la potasse , à
petits points ronds et écartés le plus
également possible j on laisse sécher?
( 19^ )
entièrement, on serge, puis on glai-
re légèrement. On replace le livre
entre les tringles à raciner, pour
jasper sur toute sa surface de l'eau-
forte comme on a jaspé la potasse;
on laisse sécher, puis on serge.
Je crois inutile de décrire une
plus grande quantité de marbres;
un habile ouvrier peut avec les
mêmes couleurs les varier à rin£ni.
Cependant toutes les fois qu'on opè-
re, on doit avoir un modèle sous les
yeux, aèxx d'^,pprocher de la pâture
le plus possible.
VEAUX UNIS.
Raisin de Corinthe.
On encolle légèrement le livre ,
puis on lui donne une ççuche bien
^niede noir étendu^ans vingtparties
I
\
( 193 )
d'eau ; on laisse sécher à demi et
l'on donne une couche de potasse
étendue de moitié d'eau. Ces cou-
ches doivent être mises bien égale-
ment afin de ne pas faire de nuances;
çn laisse sécher, on serge , puis on
glaire le livre et on lui donne
deux à trois couches de rouge;
on laisse sécher, puis on serge.
Fer£.
On encolle- et on glaire légère-
ment le livre, puis on lui donne trois
à quatre couches de jaune dans
lequel on a mis plus ou moins de
bleu , cela dépend de la nuance
qu'on veut obtenir; mais il faut
éviter de mettre trop de bleu. Gn
laisse sécher, puis on lave le livre
avec de l'eau-forte étendue dans
\
(M)
trente fois son volume d'eau j on
laisse sécher, puis on serge.
Bleu.
Après avoir encollé le livre, on
lui donne quatre à cinq couches
de bleu étendu d'eau plus ou moins,
selon la nuance qu'on désire. Cette
couleur tire toujours un peu sur
le vert, à raison de la couleur jaune
du veau j mais on peut la raviver
en lavant le livre avec del'eau-forte
étendue dans trois fois son volume
d'eau j on laisse sécher, puis on
serge.
Brun.
Lorsque le livre ^^t encollé, on
lui donne trois à quatre couches de
noir étendu dans quatre parties
^
(195 )
d*eau^ ayant soin de les donner éga-
lement pour ne pas faire de nuances;
on laisse sécher à demi^ puis on
donne une couche de pqtasse qui
fait prendre au noir une teinte rous*
sâtre. En étendant le noir et la po-
tasse daiis plus ou moins d'eau, on
peut varier ces bruns à rinfinî.
On obtient de fort beaux bruns
unis et doux , en donnant au livre
deux à trois couches de brou de
noix étendu d'eau plus ou moins,
selon la nuance qu'on désire j on
laisse sécher, puis on serge.
Tête de Nègre.
Après avoir encollé le livre , on
lui donne trois couches de noir
étendu dans moitié d'eau j le volume
étant mouillé doit avoir une belle
(i9<î)
teinte noîre tirant sur le bleu. On
laisse sécher^ on glaire le volume
et on lui donne deux à trois coti-
ches de rouge j on laisse sécher,
puis on serge.
Gris de perle.
Ces fonds sont très-difficiles à
obtenir sans être nuancés. Après
avoir encollé le livre , ou lui donne
Une couche d'eaiu claire, pour hu-
mecter le veau bien également , et
de suite on donnée deux à trois cou-
ches d'eau dans laquelle on a mis
deux à trois gouttes de noir, plus
ou moins selon la nuance qu'on
veut obtenir. On doit bien prendre
garde de laisser séjourner Teau, car
cela tacherait j on laisse lécher, puîg
on serge.
( »97 )
Lapis lazuli.
On encolle le livre, on le place
entre les tringles à raciner, on prend
une éponge commune bien trouée,
on la trempe dans du bleu étendu
dans huit fois son volume d'eau; on
appuie légèrement cette éponge
sur toute la surface du livre, pour
imprimer inégalement des tacbes ou
espèces de nuages entre lesquels on
laisse de petits intervalles sans cou-
leur; on laisse sécher, puis on répè-
te cinq à six fois cette opération ,
et chaque fois on ajoute du bleu
pur au premier pour le rendre de
plus en plus foncé j toutes les cou-
ches doivent être très-distinctes,
afin d'obtenir un bleu bien nuancé:
on laisse sécher, piiis on serge.
a5
(198 )
Le volume étant doré ( * ) , on
veine en or ( ^'^ ) avec îin très-pe-
tit pinceau de blaireàti : bn doit
kvec lé potlfce masser et fondre Vbi
eh différëns endroits , pdiir forttifet
des reflets qui ont Pair de sortir dtl
bleti : les massée et les tèliieà laîteéj
bn laisse sécher, ptiis oii polît âtéb
( * ) On ne peut terminer ce marbre que quand
la couverture est dorëe, les gardes collées, enfin le
Toliitiiè tout prêt & être poU.
i**) L^or dontbn se sert pour faire lesvéhiês^
s^achète en poudre chez les batteurs d^or ; pouf
remployer on en numecte une petite quantité
avec une composition d'une partie de ^lanc d'<fed^;
une d'esprit de vin et deux d'eau commune , ott
bat ces trois choses ensemble , ensuite on les tire
au clair : il ne faut pas que l'or soit battu avec les
autres ingrédiens , ikiaîs on en dëiiièle ùiie suffisante
quantité à mesure qu'on en a besoin. On aurai
soin d'incorporer l'esprit de vin h. l'eau, avant d'jr
ihcler le blanc d'oeuf, sans cela l'esprit de vis
cuirait le blanc dloeiifi
^^ feç ^ p^îi^e chaud. Ce ir^arbrç
hipjfi f^^t sur un yolumçsoigné| peut
rivaliser avec le$ plus hellç^ reliures;
de luxej m^s pour qu'il p]fQduîse
Xç(^t r»effet ^QUÇ il est STiscepti{^le ^
çjpf fle (Ipit remployer que pour çle
gY^ds :(b,r^atS|i te^s qu'iii - foliqn
in - quarto et grand in - oçt^yo.
ARTICLE :j^:5çxiii,
Lorsque le livre est marbré ou
racine , on le met daus 1% grande
presse, eici^re deux aisbie^i prppres^i
ayaut spin que les aïs spiçi^t frès-
Justes en mpir^ j ofi, serre fortement
pour unir ^es^ plats j, et pendant que
le dps se trp\:^Y® ainsi serré , op, le
dressa au marteau pour effacer
que],que$ petites bosses provenant
( 200 )
de l'humidité que le veau a prise en
le marbrant, on doitsurtout frapper
en tête et en queue pour abaisser
ces deux extrémités toujours dispo-
sées à lever, ce qui rend le dos
crenx sur sa, longueur; au bout
d'une heure on peut sortir le lÎTre
RTICLE XXXrV.
a Dorure en général.
Avant toutes choses, on serge le
livre plusieurs fois, afin qu'il soit
net et clair: ensuite avec un plioir
on trace sur le dos l'emplacement
des palettes qui doivent être au
nombre de sept y compris celles
de tête et de queue : la distance de
tête doit être plus grande que celle
( 201 )
d'entre nerfs , et celle de queue plus
longue que celle de tête, de trois
lignes environ pour un in-octavo j
à cette distance de la queue on fait
un trait pour marquer le bas du
livre, afin que le dos étant couvert
d'or, on distingue facilement la
tête de la queue : car en poussant
les filets de division, on pourrait se
tromper, continuer ainsi la dorure
et quand elle serait terminée , le
titre se trouverait en queue du li-
vre j pour éviter cet inconvénient
on doit pousser avant tout la pa-
lette de queue. Il est aussi extr/ê-
mément essentiel que dans un
ouvrage composé de plusieurs vo-
lumes, les palettes soient bien tra-
cées à la même distance , afin que
les livres étant dorés et mis sur la
j, "j uci .es iilt ts se rapportent
....-.-.c.c .c a-:îa ibrtaent pqifiT
> ..j> .Tactis^ on met la pièce
^.v. 1*1' -^our les titres. On coi^pe
^> de maroquin de la lar-
.A .:£re tracé sur le livre , on
_:;.;;: LHUS Biince posàUe dan^
.•JL> les bords doîyent être
^. .1 jLsea^u , de manière à ce
.lîste (jne la flenr du ma-:
i:> pièces doivent être de
\iis^ttr du dos et prendre
v^d des morsj an nç dqi;
^> T>ièces de couleur pour
> ac sur les veaux marbrés,
,^ .Liuves, sur lesquels le$
,^i^entpasTi$ii)les: maïs
. , .;uiiîS en marpquin , ou
,^ couleur unie, il est
( 203 )
pluà élégant de mettre le titre sur
le yéan oii le maroquin même.
En dorant on doit toujours com-f
méncer pat* lé dedans et les bords ,
puis lé dos et terminer par les plats j
cette méthode à l'avantage dé
xxibins ternir.
Le brillant de la dorure dépend
de là (chaleur du fér, trop chaud il
brûle et empâte le sujet, trop froid
For rie prend pàsj il faut un juste
milieu. Par exemple^ pour le veau
fauve , le vélin , les fonds unis bleus
ôii verts, les marbres où Peau-forte,
le bleii et le vert dominent, la cha-
leur dû fer doit être supportable
dans le creux de la main, et pour
les fonds unis clairs et les racines
de noyer , la chaleur doit être un
peu plus forte , ainsi de suite pour
( 2o4 )
les couleurs un peu plus foncées . Il
vaudrait encore mieux pour celui
qui n'a pas l'habitude de dorer,
avoir un morceau de bois formant
le dos d'un livre , sur lequel on colle
de la même peau que celle dont le
volume est couvert, préparée sem-
blablement et glairée au même
înstantj on ne couche point d'or sur
cet échantillon, on y essaie le fer,
et s'il s'imprime bien, et que la
gaufrure soit distincte et brillante ,
le fer est au degré de chaleur qui
convient pour dorer le livre. Sou-
vent aussi la dorure revient mal
par la faute des graveurs : les uns
ne creusent pas assez les tailles , ce
qui empâte les dessins et les prive
d'ombre; les autres ne polissent
pas leurs fers avec soin, ou après
( ao5 )
les aroir polis , ils n'en ôtent pas le
morfil , ce qui fait que le fer prend
difficilement et écorche Por. Cha-
r
que grayeur a son genre particulier;
les meilleurs graveurs connus à
Paris sont Kilcher et Héron pour
la lettre qu'on appelle le compos-
teur; Culembourgy Lefebure et
Monot ( * ) sont ceux qui gravent
le mieux tous les petits fers de
rapport^ les fers à mille points^ les
roulettes et les palettes.
Pour dorer le veau et la basane
on glaire ( "*" ) trois fois, on ne
( * ) M. Monot e^Leelle aussi pour 1« taille doure,
le timbre sec et la lettre. Sa demeure est place
St.-Georges, k Dijon*
( * ) ybir pour la 'préparation y la note page 177.
Le blanc d'œuf acquiert de la qualité en vieillis-
iant y on doit avoir soia de le tirer au clair souvent.,
2JS
( ao6 )
donne jamais une couche ayant
que la précëdei^te ne soit sèche. On
ne doit donner la dernière couche
qu'un instant avant de poser Tor ,
et si Ton a un très-grand nombre
de volumes à dorer , on n'en glaire
que six cette dernière fois : on cou-
che Por sur ces six volumes, on
recommence sur six autres et ainsi
de suite.
Le même blanc d*œuf, étendu de
deux parties d'eau, sert à glairer le
maroquin qu'on veut dorer ; mais
avant de glairer , on lave le maro-
quin avec une éponge imbibée de
vinaigre étendu de six parties d'eauj
ce vinaigre rafraichit le maroquin ,
lui donne de la souplesse et le dis-
pose à être doré* On ne glaire
qu'une fois le maroquin et toujours
au moment de dorer.
( 207 )
Le même blanc d'ceuf sert aussi
pour le yéUnj mais avant de le
glairer, on lui donne avec un pin-
ceau plat de blaireau y une couche
bien unie de colle de poisson ( * )•
Pour dorer la moire, la soie et le
velours , on se sert de blancs d'œufs
desséchés, mêlés en égales parties
avec de Tencens pulvérisé , puis on
passe le tout ensemble dans un ta-
mis très-fin. Pour s'en servir on
met cette poudre dans une petite
fiole de verre , on la couvre d'un
morceau de gaze claire, et avec
( '^ ) On coupe et on écrase en petits morceaux
deux fers de colle de poisson , on les met dans une
bouteille de verre blanc, et on y ajoute un grand
verre de bon vin blanc bien clair; on ferme la
bouteille avec un morceau de toile , et on Fexpose
à la chaleur douce d'un bain - marie ; la dissolution
faite^ on la tire au clair. Cette coUe s'emploie tièid9«
( ao8 )
cette fiole on saupoudre facilement
et également la moire , à l'endroit
o^ elle doit être dorée; le fer chaud
dont on ae sert pour dorer, calcine
la poudre et attache Tor à la soie.
On ne couche pas l'or sur la moire,
on le prend ayec le fer à doren
Quand on veut réunir la gaufimre
à la dorure , on dore ainsi qu'il est
indiqué plus haut , mais on réserve
soit sur le dos soit sur les plats , les
endroits qu'on veut gaufrer. Le
livre doré, on colle les gardes à
cartons ouverts, puis on polit le
dos du livre, et avec des fers à
gaufrer qu'on fait chauffer au dé-
gré de oeus: qui ont servi à dorer,
on gaufre les places réservées , en-
suite on polît les plats, puis on
ajuste de chaque côté du volum
( aop )
les planches gravées à gaufrer les
plats^ on les recouvre avec des ais
propres qu*on ajuste bien dans les
mors : dans cet état on met le livre
en presse , puis on serre fortement
pour faire marquer la gaufrure
partout. On laisse environ douze
heures en presse , on retire le volu-
me^ puis on pousse sur les plats, les
roidettes et fleurons à gaufrer, sur
les endroits réservés pour cela en
dorant, et on apporte les mêmes
précautions que pour gaufrer le
dos. On doit toujours polir la cou-
verture avant que de gaufrer , au-
trement la gaufrure n'aurait pas
de brillant, ou serait abîmée par
le fer à polir. Le livre ainsi terminé,
avec un fer bien chaud on polit
le dedans des cartons en appuyant
( 210 )
fortement 9 cela fait cambrer les
cartons en dedans et le volume
n'en ferme que mieux.
ARTICLE XXXV.
Dorure du veau fauve.
On glaire deux fois les bords et
le dedans des cartons, on laisse sé-
cher un moment, puis on pose Tôr
( * ) en dedans d*un carton seule-
ment et bien bord à bord , afin d'y
pousser la roulette de manière à ce
que Tor essuie et le carton fermé ,
cette bordure se yoye tout autour
( * ) Pour coucher l'or on se sert d'une petite
éponge hien propre et lëgèrement imbibée d'huile
d'olive : c'est surtout pour les veaux fauves et les
Telins , qu'on doit le plus ménager l'huile : aussi
pour ces sortes de reliures , on doit après avoir im-
bibé l'éponge, la tordre fortement dans un linge.
(211 ) ^
de la chasse; on en fait atitant à
l'autre carton, puis on pose Tor
sur les bords et on y pousse une
roulette à perles ou un simple filet
en partageant bien le carton par
le milieu.
On blancbit le dos en passant sur
toute sa surface, y compris les mors,
une éponge fine imbibée d'eau-forte
étendue dans dix fois son volume
d'eau; on laisse sécher et on encolle à
la colle d'amidon f V^ la note page
1 76^ .On laissesécher, puis on donne
une couche de colle de poisson ( V.
la note page 207). On laisse sécher ,
puis on glaire deux fois, on passe
l'éponge huilée sur tout le dos, les
mors et les coiffes, et de suite on le
couvre d'or assez large pour recou-
vrir les mors , et assez long pour
( ^^^ )
coiiTer la tête et la queue ; on fait
chauffer les fers et palettes, et quand
le degré de chaleur est reconntc
( * ) pour la palette à coiffer , on
rimprime sur les coiffes de tête et
de queue , puis on pousse sur le bord
des mors , tout le long du dos , une
roulette à filet simple , et aussitôt
qu'elle est poussée , on enlèye Tor
qui se trouve entre le carton et la
roulette y afin qu'en poussant les
palettes elles ne marquent pas au^
delà du filet. On pousse les palettes
{ * ) Quand oo dore il faut avoir près de soi une
brosse roide, sur laquelle on passe les fers pour les
nettoyer en les sortant du feu. Pour connaître le
d^gré de ehaleor on treqape le hou.! du fer dans Peatty
ce qui lui donne toujours une certaine biimidité qui
nuirait à la dorure ; pour le ressuyer on Tappuie sui
une pelotte ou balle d€ flanelle.
(m3)
en commençant par celle de queue,
puis les coins et fleurons , et l'on
finit par le titre. On essuie bien le
dos avec un linge blanc pour en-
lever Por que les fers n'ont pas
fixe, puis on frotte avec un mor-
ceau de drap blanc pour nettoyer
les tailles des ornemens.
Les plats se font l'un après l'autre,
en suivant pour les blanchir, encol-
ler, glairer et dorer les précau-
tions indiquées pour le dos.
Je me suis occupé plus particu-
lièrement de la dorure du veau
fauve, comme étant la plus difficile,
et stu*tout à cause des différentes
préparations que le veau doit subir
à mesure qu'on le dore. Pour ré-
ussir à bien faire le veau fauve , il
faut une extrême propreté j aussi
a-t-on soin de couvrir d'un lîngô
blanc la table sur laquelle on dore^
d'en avoir plusieurs pour s'essuyer
les mains , ainsi que de l'eau pour
les laver de temps en temps , et
malgré toutes les précautions pos--
sibles , il est bien rare que cette re-
liure se termine sans accidens.
ARTICLE XXXVI.
Quand le livre est doré, on le
prend en gouttière par les feuilles,
on laisse tomber les cartons en dos,
puis on place un ais de l'épaisseur du
dos entre les deux cartons afin deles
soutenir et de les mettre de niveau
au dos; dans cet état on pose le
livre à plat sur la table et de ma-
nière à ce que le dedans d'un des
( 215 ) '
cartons et la garde du livre tou-
chent la table. Alors avec tui pin-
ceau on encolle la garde qui se
trouve en dessus, on ferme le
carton, puis on l'ouvre de suite, ce
qui enlève la garde j on pose
dessus une jfeuille de papier assez
grande et forte pour la garantir ,
on appuie tout doucement en mors
pour faire entrer la garde, puis
avec le pouce et l'index , on frotte
plus fortement a£n de rendre le
mors bien carré ; ensuite on passe
la main sur toute la surface d^ la
garde pour la coller sur le carton,
et on en fait autant à T autre garde ,
puis on laisse sécher les cartons
ouverts.
Les gardes de moire et les mors
en maroquin se collent de même*
( 2i6 )
Pour qu^une garde de moire fasse
tiii bon effet, on doit la dorer tout
à Tentour.
ARTICLE XXXVIL
Les gardes étant sèches,on cambre
légèrement les cartons, on les re-
ferme, puis on polît le livre. Pour
polir le veau fauve et les fonds clairs,
le fer doit être- à peine chaud j pour
les racines et couleurs foncées , le
fer n'est point trop chaud s'il ne
blanchit pas : avant de polir il est
bon d'essayer le fer sur un endroit
invisible. On doit avant tout ser-
ger le volume avec un morceau de
drap propre.
En polissant on doit tirer le fer
d'un bout à l'autre , sans cela on
( 217 )
tacherait. On doit toujours com-
mencer par polir le dos, ensuite
les plats, et terminer par le dedans
des cartons.
ARTICLE XXXVm.
On met le livre dans la grande
presse entre deux ais garnis de fer-
blanc poli, on les ajuste bien dans
les mors , on serre la presse et on y
laisse le volume environ douze heu-
res. On doit nettoyer et polir les
ais chaque fois qu'on s'en sertj plus
ils sont polis et plus le livre est
brillant. On sort le volume de presse,
on cambre les cartons et on bal-
lotte un peu les feuillets pour les
décoller.
(5.18)
ARTICLE XXXIX:.
Lorsqu'un, livre est entièrement
terminé et bien sec, on peut, si Ton
veut lui donner plus d'éclat , le ver-
nir ( * ) de la manière suivante.
On pose avec un pinceau très-
doux, une couche de vernis sur
( * ) Oymposîtion du Vernis. On fait dissoudre
dans trois litf es d'esprit de vin de 36 à /^o degrés :
Sandara<|ue 8 onces.
Mastio en larmes . . . . 2 id.
Gomme laque en tablette 8 id.
Térébenthine de Venise 2 id.
On toneasseles gommes et on opère leur dissolu-
tion en mettant tremper la bouteille qui contient
toutes les matières , dans de l'eau très-cbaude et
en la retirant de temps en temps pour Pagîter.
On conserve ce vernis dans la bouteille où il a
été fait, la tenant bien bouchée. Quand Qn Veut
^e servir du vernis, on a soin de ne pas le remuer
à cause du dépôt.
( ^19 )
le dos du livre, sans en mettre sur la
dorure. Quand le vernis est presque
sec^ on le polit avec un morceau de
drap blanc légèrement imbibé
d'huile d'olive , on frotte d'abord
doucement et ensuite plus fort à
mesure que le vernis sèche j si le
dos n'était pas assez brillant on re-
commencerait. Il faut faire la même
opération sur les plats du livre ,
mais l'un après l'autre.
Pour réussir, il faut absolument
que le volume soit parfaitement sec
et sans la moindre humidité , enfin
prêta être placé sur les rayons de
la bibliothèque.
FIN.
TABLE
IME LA NOTICE SUR LA LITHOGRAPHIE.
> • \
Avis deFÉdîteur, page 5
Avis dé l' Auteur ; 1 3
Théorie, iS
Gravures lithographiques.
Chbix des pierres , i8
Taille de la pierre , îd.
Préparation de la pierre pour dessiner au
pinceau et à là plunïe , 19
Composition de l'encre lithographique , 20
Enere liquide qui est également bonne , 22
Préparation de la pierre pour dessiner au
^crayon, 24
Composition du crayon à dessiner sur la
pierre , 25
Préparation de la pierre pour dessiner à
la pointe , 27
Précautions à prendre en dessinant sur la
pierre , 28
( 222 )
Dessin au crayon ,
33
Dessin à l'encre.
34
Dessin à la pointe ,
36
Impression.
Description de la presse et de ses roa*
leaux , 38
Préparation des vernis on huiles à broyer
les couleurs y 4^
Choix des couleurs à imprimer , et manière
de les broyer , 44
De l'impression en général , 49
Préparation des pierres dessinées pour
l'impression , 53
Manière d'humecter le papier , note de la
page 56
Impression par transposition , Sg
Transposition par épreuves ^ 6o
Transposition du dessin , 67
TABLE
DE L'ESSAI SUR LA RELIURE.
JjNTRODUCTIOir , P^C ^3
Pliement des feuilles , 75
Découdre un livre déjà relié , . 76
Procédés pour enlever les corps gras sur
les livres et estampes , 78
Procédé pour enlever les taches d'encre,
de suie ou de tabac , 80
Autre procédé , 82
Collage des gravures et des cartons y 84
Du battage des livres , 85
Manière de mettre les livres en presse,
après qu'ils ont été battus ^ 88
Manière de colla tionner un livre, 91
Battre les livres pour les redresser , après
avoir été colla tionnés , ' 9a
Les livres étant battus , on les remet en pres-
se et on les collationne de nouveau, 93
Coller les gardes blanches , 94
Grecquer , gS
Coutures h la' grecque et h nerfs , 96
Détortiller, racler et encoller les ficelles , 99
( ^H )
Piquer les cartons , loo
Paaser en cartons^ id*
Endosser^ io4
Endossure à l'anglaise , Ip8
I^ettre les dos en colle y 112
Préparation de la colle de Flandre , note ( * )
de la page - 1 1 3
Préparation de la colle d'amidon , note ( * )
de la page ii4
Coller les gardes de couleur çt de moire ,
page 1 16
préparation de la colle de poisson pour
coller la moire et le tabis, note ( * ) de la
page 119
Méthode pour tien rogner , 120
Babaisser les cartons en gouttière y 122
Préparation des coupleurs pour les tranches*
Jaune citron ^ 1 22
Bleu , I zi
Yert, 125
..Manière de mettre la tranche en couleur
soit unie ou Jaspée , i23
-' Tranche marbrée*
Préparation, i25
( 225 )
Préparation du fiel de bœuf, 1 26
PréparatioQ de la cire à broyer les cou-
leurs , 11^6
Ghoiic des couleurs , 127
préparation des couleurs , 1 ::^8
Marbrure , 129
Dorure sur tranches.
Préparation du safran à employer pour la
dorure , note ( * ) de la page 1 33
Préparation du jus d'oignons, note ( *** )
• de la page i35
Préparation de la mixtion à coucher l'or,
note ( * ) de la page i36
Tranche dorée unie , 13^
Tranche dorée antiquée , 1 89
Tranche dorée damassée , i4o
Tranche dorée à paysages transparens, i4i
Mettre les signets, 142
Faire les mors , 1 43
Tranchefiler , i44
Battre les cartons , 1 5 1
Mettre les coins de parchemin , 1 5^
De la Couverture*
Préparation à faire à la basane ou au veau
( 226 )
qu'on veut raciner , marbrer ou mettre
en couleurs unies , page i56 à i63.
Préparation du veau qu'on destine à être
mis en fauve , 1 5g
Choix du veau pour la reliure, note
{ * ) de la page ^ id.
Précautions à preadre en couvrant^ note
( * ) de là page iéi
Préparation des couleurs qu'on emploie
sur le veau ou basane.
Noir, i63
Rouge, 164
Rouge fin, i65
Rouge écarlate , ^ 166
Composition pour obtenir par lar coebenille
des rouges écarlate et cramoisi fin y note
(*) de la page 166
Orangé, 167
Jaune , id.
Violet , 168
Bleu , 169
Eau-forte, 170
Potasse, 171
Eau à raciner / " id-
r
( "7 )
Brou de noix, 171
Marbrure en général^ 172
Préparation du blanc d'œuf , note ( * ) de
la page 177
Préparation à faire au papier qu'on veut ra-
ciner ^ et à la basane tannée à l'écorce de
sapin , notq ( * ) de la page 175
Hacine bois de noyer, 176
Racine bois d'acajou, ^ ^ 178
Racine bois de citronnier , 179
Racine loupe de buis , 180
Pierre du Levant, 18a
Agate verte, i83
Agate bleue 3 i84
Ag tine , id.
Agate blonde , i85
Cailloutage , id.
Cailloutage veiné , 186
Cailloutage œil de perdri:c, 188
Porphj'^re rouge , 189
Porphyre œil de perdrix , 190
Granit , 191
Veau» Couleur unie.
Raisin de Corinthe, 192
( 228 )
Vert, igî^
B!ca , jé^^^b^ ' 9^
Teté de Nègre , ^^^^^ iq5
Gris de perle , ^***i-*^^ jgg
Lapis lazulr, igj
Mettre les livres en presse loi'sqli'ils sont
en couleur, igg
De la Dorure en général.
Distance des palettes et précautions à
prendre pour les tracer , 200
Mettre les pièces pour les titres , 202
Choix des fers à dorer , 2o4'
Glâîrer les livres pour les dor^r , 2o5
Composition de la colle de poisson pour Ic^
veau fauve , note ( * ) de la page 2oy '
Dorure du veau fauve, 210'
Coller les gardes, 21 4'
Cambrer les cartons el'poHr, 216'
Mettre en presse et cambrer lés* carlOns^, 217"^
Vernir les livres Ic^rsqu^ils sont entièrement'
fibis, 218*
Composition' du vernid , noté ( ^ } de lOr
Fia de la Tsd)Ie.
^^